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Pour que le travail domestique ne soit pas le seul horizon des jeunes pauvres du Rwanda

1er septembre 2020

Les enfants et adolescents ont, ces jours-ci, repris le chemin de l’école, après des mois d’interruption. Sourire aux lèvres ou pieds de plomb, selon les tempéraments. Mais une chose est certaine : les mois de confinement nous ont fait mesurer l’importance d’une éducation gratuite et de qualité. En 2020, alors que la pandémie de COVID-19 Covid-19
Coronavirus
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se propageait dans le monde entier, une majorité de pays a imposé la fermeture temporaire des écoles. Plus de 91 % des élèves dans le monde ont été concernés.

Dans de nombreux pays du Sud, cette situation n’est pas exceptionnelle. L’accès universel à l’éducation n’a rien d’une évidence. Selon les Nations Unies, plus de 260 millions d’enfants et d’adolescents n’étaient pas scolarisés en 2018, soit près d’un cinquième de la population mondiale dans ce groupe d’âge !

C’est pourquoi l’Opération 11.11.11 finance des projets qui permettent de répondre à un manque criant. Ces projets offrent aux jeunes des perspectives d’avenir.

Au Rwanda, des milliers de jeunes de familles pauvres sont contraints de travailler comme domestiques dans des conditions indignes.

  (Crédit : © ADPM )

Au Rwanda, des milliers de jeunes de familles pauvres sont contraints de travailler comme domestiques dans des conditions indignes. Violence physique, sous-alimentation, abus psychologique et non-paiement des salaires pourtant très modestes sont coutumiers, tant il est facile de tirer profit de ces jeunes sans ressources ni recours.

L’ONG Action Développement Parrainages Mondiaux (ADPM) mène depuis plusieurs années un projet d’alphabétisation et de formation professionnelle. La vie de ceux qui ont pu y participer a été radicalement changée ! Beaucoup ont pu trouver un emploi convenable ou lancer leur propre activité.

Chaque année, près de 200 jeunes sont scolarisés dans l’une des deux antennes de l’organisation. Leurs points communs ? Ils sont orphelins d’un ou des deux parents, issus des régions rurales, pas ou peu scolarisés (la plupart n’ont pas achevé le cycle primaire) et employés souvent sans contrat et pour un maigre salaire par des familles rwandaises plus aisées de la capitale Kigali.

Les deux antennes d’ADPM dispensent des cours d’alphabétisation, mais aussi des cours sur la citoyenneté, sur leurs droits et sur la santé. Après une année, ceux qui le souhaitent peuvent rejoindre une formation en arts culinaires ou une formation à un métier technique dans un autre centre de formation.

Deux groupes d’apprentis cuisiniers suivent les cours pendant 9 mois, avec un volet supplémentaire visant à compléter la formation par des « savoirs être et savoirs vivre » : présentation devant un patron, réalisation d’un C.V, estime de soi, connaissance de ses valeurs et compétences, respect des horaires, etc. Ils effectuent ensuite un stage de un à trois mois qui leur permet de mettre en pratique les connaissances et compétences acquises pendant la formation.

Grâce à ce parcours, ces jeunes, pour la plupart analphabètes à leur inscription, trouvent un emploi bien rémunéré dans les secteurs hôtelier ou de la restauration. La moitié d’entre eux sont engagés dès la fin de leur stage.

Charlène avec sa formatrice en arts culinaires, Marie  (Crédit : © ADPM )

C’est le cas de Charlène, engagée après son stage dans un hôtel bien connu de Kigali. Elle a pu y gagner dix fois son salaire mensuel de domestique et mettre de l’argent de côté pour investir dans un petit business. Elle a ainsi pu se lancer dans sa région natale, à Kayonza, où les loyers sont bien plus abordables qu’à Kigali. Aujourd’hui, son affaire tourne bien et elle envisage déjà d’agrandir.

Charlène livre tous les matins l’école primaire et secondaire voisine. Du thé, du café, des beignets pour les 26 enseignants et certains élèves. A midi, ce sont les quelques médecins et infirmiers du centre de santé qui viennent manger au resto bar, puis le « vrai business » dit-elle, entre 14h00 et 23h00 : brochettes de viandes, bières, sodas...

Son bénéfice net journalier tourne autour des 8 000 francs rwandais, le double de ce qu’elle gagnait comme domestique... en un mois ! La formation en arts culinaires a radicalement changé sa vie. Le parcours a été long, difficile mais à force de courage, de ténacité, mais aussi de chance d’avoir eu cette opportunité de formation gratuite, elle est aujourd’hui propriétaire de son affaire et libre de ses choix.

Le projet à succès d’ADPM est soutenu par l’Opération 11.11.11 Opération 11.11.11 . Il a besoin de votre aide pour être renforcé.

En ce mois de rentrée scolaire, nous vous invitons à penser à celles et ceux pour qui l’éducation n’est pas encore un droit acquis, et qui
pourtant, comme Charlène, auraient besoin d’être encouragés pour mener une vie libre et émancipée.

Soutenez l'Opération 11.11.11

Alphonse, le roi du « chapati »

Alphonse, le roi du « chapati »  (Crédit : ADPM )

Alphonse a travaillé comme domestique dès ses 14 ans… Il a connu plusieurs familles, il y était souvent maltraité, les journées de travail étaient très longues pour un salaire de misère, à peine de quoi s’acheter une chemise ou un pantalon. Le seul avantage, c’est qu’il était logé et nourri… Après 6 ans dans la domesticité, Alphonse a décidé de prendre son avenir en main, de suivre une formation dont un domestique d’une maison voisine lui avait parlé, en cuisine et service hôtelier.

Alphonse a suivi les cours de notre 3e promotion. Théorie, pratique, stage... Il a ensuite travaillé dans les cuisines d’un bar/resto pendant près d’un an et épargné mois après mois pour pouvoir se mettre à son compte.

Depuis juin 2018, Alphonse a sa petite affaire : il loue un local sur une route de passage des taxis motos. Thé, café et beignets le matin, bières, softs et chapatis, midi et soir. Son commerce fonctionne bien, il vient même d’engager une amie, connue pendant la formation pour l’aider dans les préparations et l’accueil/ service des clients.

Notre ancien élève voit grand. Il rêve d’ouvrir un deuxième et pourquoi pas un troisième point de ventes. Sur des lieux fréquentés, gare d’autobus, écoles, banques… En restant dans les chapatis, … une spécialité rwandaise, délicieuse et abordable pour tous les budgets.

Alphonse nous offre un thé et des chapatis, qu’il vient de cuire devant nous, fier de nous montrer son savoir-faire. Bien sûr, on est loin des standards de restauration à l’européenne, du restaurant de luxe,… mais pour cet ancien enfant domestique, quelle réussite.

« La vie est belle », nous dit-il un grand sourire aux lèvres et « c’est grâce à vous et à votre formation ! Merci ».