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Lutter pour les droits reproductifs et sexuels, avec les femmes de Kinshasa

16 septembre 2019

Le travail remarquable du gynécologue Denis Mukwege a mis en lumière la souffrance des femmes victimes de viols à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Mais la cruauté des viols commis dans les contextes de guerre et le prix Nobel venu couronner celui que l’on surnomme « l’homme qui réparait les femmes » ne devrait pas faire oublier le combat quotidien des associations de femmes, au Congo et ailleurs au Sud, pour l’accès aux droits reproductifs.

L’Opération 11.11.11 apporte un précieux soutien financier à plusieurs d’entre elles. Ainsi, à Kinshasa, l’association Si Jeunesse Savait (SJS) joue un rôle important pour offrir aux jeunes femmes des conditions acceptables de santé reproductive, dans un pays où les droits les plus basiques ne sont souvent pas respectés. SJS, partenaire de l’ONG belge Le Monde selon les femmes, offre également un soutien aux jeunes victimes de violence en raison de leur orientation sexuelle.

Le nombre d’avortements clandestins continue d’augmenter en RDC

Dans un contexte politique et socio-économique instable, le nombre d’avortements clandestins continue d’augmenter en RDC. Même si les soins post-avortement sont censés être une priorité de santé publique, sur le terrain, la réalité est toute autre.

Parce que les jeunes femmes n’ont pas le temps d’attendre que le gouvernement leur vienne en aide, Si Jeunesse Savait a décidé de passer à l’action. Elle s’est donné la mission de promouvoir la santé reproductive, en utilisant tous les leviers d’action : faire bouger le cadre légal, sensibiliser les jeunes à leurs droits et enfin offrir une prise en charge juridique et psychologique aux victimes de violence.

SJS a ainsi été l’une des chevilles ouvrières de l’adoption d’une loi sur la santé publique, incluant la santé reproductive. En RDC, le code pénal punit toujours toute femme qui avorte d’une peine de prison de 5 à 10 ans. L’an dernier, dans le cadre de l’examen d’une proposition de loi sur la santé publique, SJS a pris l’initiative de coordonner un réseau d’associations féminines pour promouvoir des dispositions sur la santé sexuelle et reproductive, et notamment en matière d’avortement et de soins post-avortements.

SJS a ainsi été l’une des chevilles ouvrières de l’adoption d’une loi sur la santé publique, incluant la santé reproductive

Un tournant radical pour les droits des femmes au Congo

Si la RDC n’a pas formellement dépénalisé l’avortement, ce travail de plaidoyer politique a été couronné de succès avec l’adoption et la publication au journal officiel du protocole de Maputo, qui enjoint aux États de légaliser l’avortement médicalisé en cas de viol, d’anormalité fœtale ou encore s’il s’avère nécessaire de protéger la santé de la femme. Un tournant radical pour les droits des femmes au Congo.

Le travail de mobilisation mené par SJS a aussi permis de toucher les prestataires de soin de santé. Ceux-ci ont été sensibilisés à l’importance de prodiguer des soins de qualité, sans aucune stigmatisation des femmes.

  (Crédit : © Anastasie Langu )

D’autre part, SJS a œuvré à sensibiliser les jeunes femmes sur leurs droits, sur les façons de les exercer et sur les moyens mis à leur disposition. Un travail essentiel pour que les jeunes femmes ne soient pas victimes de préjugés et du manque d’information publique sur la santé sexuelle et reproductive... Pour ce faire, SJS a organisé des ateliers, mais aussi développé des projets en ligne. L’an dernier, l’association estime avoir sensibilisé plus de 5 000 personnes. Celles et ceux qui en avaient besoin ont pu être orientés vers les structures de santé appropriées.

Enfin, SJS offre des services directs d’accompagnement là où les autorités publiques font défaut. Elle propose ainsi un service d’accompagnement juridique pour la population LGBTIQ victime d’acte des violences ou d’injustice ou encore d’incarcération arbitraire liée à leur genre ou orientation sexuelle. Ce travail pionnier est nécessaire dans un pays où les droits des minorités sexuelles sont encore très peu reconnus.

En Afrique, seuls quatre pays autorisent l’avortement

  (Crédit : © Alex Govers, Le Monde selon les femmes )

De 2014 à 2017, SJS offrait également des services de prise en charge psychologique gratuite pour des femmes et des jeunes femmes en besoin et aux victimes des violences sexuelles. Mais ce service a été interrompu faute de moyens. SJS espère le relancer l’an prochain, notamment grâce à vos dons.

Au Congo, comme ailleurs dans le monde, l’accès à la santé sexuelle et reproductive reste un immense défi. Le droit à l’avortement reste au cœur des débats de société partout sur la planète – il a été gravement remis en question dans certains pays, notamment aux Etats-Unis, au Brésil, en Espagne et en Pologne.

En Afrique, seuls quatre pays autorisent l’avortement ; dans beaucoup d’autres, les femmes qui avortent encourent des lourdes peines de prison. Face à une criminalisation inacceptable de la femme, le travail patient d’associations telles que Si Jeunesse Savait est d’une valeur inestimable.

Face à une criminalisation inacceptable de la femme, le travail patient d’associations telles que Si Jeunesse Savait est d’une valeur inestimable

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