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La souveraineté alimentaire contre la faim

« Ce n’est pas le coronavirus qui nous tuera, c’est la faim »

9 juin 2020

Dans le sillage de la crise sanitaire, se dessine une crise alimentaire qui menace des dizaines de millions de personnes dans le monde. Les ruptures d’approvisionnement sur les marchés mondiaux témoignent de la pertinence des approches locales et agro-écologiques promues depuis des années par l’Opération 11.11.11 et les ONG participantes.

Opération 11.11.11 : vers une agriculture durable pour assurer la sécurité alimentaire

Shannon Rowies, CNCD-11.11.11
https://youtu.be/8dudZuotZ94

Un travailleur pauvre indien, cité dans un article récent du New York Times, lâchait cette phrase lapidaire : « Ce n’est pas le coronavirus qui nous tuera, c’est la faim. » Elle résume l’ampleur dramatique de la crise alimentaire provoquée par le Covid-19 et la rupture des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Alors que plus de 800 millions de personnes souffraient de la faim avant la pandémie, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), des dizaines de millions de personnes supplémentaires seront victimes de sous-alimentation d’ici la fin de l’année.

« Nous n’avons jamais rien vu de tel auparavant », a déclaré Ari Husain, le chef économiste du Programme alimentaire mondial (PAM). « La situation était déjà grave, mais nous sommes maintenant dans un territoire inexploré. »

Cette crise alimentaire est causée notamment par la fermeture des frontières, qui a fortement restreint le commerce international de nourriture.

Cette crise alimentaire est causée notamment par la fermeture des frontières, qui a fortement restreint le commerce international de nourriture. Or, de nombreux pays sont très dépendants des marchés internationaux. Depuis de nombreuses années, poussés par les bailleurs de fonds et les lobbies, ils ont orienté leurs politiques agricoles vers la monoculture d’exportation au détriment des cultures vivrières. Conséquence : ils sont aujourd’hui très exposés à la faim.

De nombreux autres facteurs viennent aggraver la situation alimentaire, en particulier économiques. A travers le Sud, des millions de personnes ont vu leurs revenus s’effondrer.

La souveraineté alimentaire contre la faim

Dans ce contexte dramatique, ceux qui ont investi dans une production alimentaire locale et agro-écologique s’en tirent mieux que les autres. « La crise du coronavirus met en évidence la dépendance du pays aux importations… sauf pour ceux qui ont fait le pari du bio et du circuit court », rapportait récemment le journal Le Monde, faisant état du succès d’une ferme agro-écologique au Burkina Faso.

L’Opération 11.11.11 soutient de nombreux projets similaires en Afrique, avec une ligne claire : réduction des coûteux intrants chimiques, amélioration des rendements grâce aux techniques écologiques, aide à la commercialisation. Les projets s’inscrivent dans une logique de souveraineté alimentaire. Elle consiste à préférer la mise en place de marchés agricoles locaux et régionaux aux politiques d’exportation qui affament les agriculteurs. Portés par des acteurs locaux et soutenus par différentes ONG, ces projets augmentent la résilience des communautés face aux crises. En ces temps difficiles, ils sont précieux.

Dans la région du Sahel, la crise alimentaire vient enflammer une situation sécuritaire déjà très inquiétante. La violence djihadiste a poussé des milliers de personnes à fuir des zones entières. Dans ce contexte, les communautés sont soumises à de rudes pressions.

Renforcement des capacités de production et de commercialisation des organisations de maraîchers et de leurs membres   (Crédit : © SOS Faim )

Dans le nord du Burkina Faso, la Coopérative Viim Baoré regroupe plus de 400 greniers de sécurité alimentaire (GSA). Ceux-ci sont des magasins communautaires qui achètent des denrées de base en grande quantité à la saison où celles-ci sont disponibles à bon prix et les revendent au détail pendant la période difficile. La coopérative permet aux greniers de mutualiser les ressources pour financer les achats en gros et négocier les prix avec les fournisseurs. Elle assiste les responsables villageois sur les bonnes pratiques de stockage, la comptabilité, etc. Le travail de cette coopérative soutenu par l’ONG SOS Faim est l’un des nombreux exemples d’un travail de fond qui permet, sur le long terme, de réduire la faim et de garantir la subsistance des communautés.

Création de filières agroécologiques au Sénégal  (Crédit : © Autre Terre )

Au Sénégal, dans la région de Koungheul, l’ONG Autre Terre œuvre à la mise en place d’une filière de production, de transformation et de commercialisation de céréales. Environ 300 producteurs ont bénéficié d’accompagnements pour produire sans intrant chimique et pour devenir autonomes en semences. Non seulement ces techniques sont plus écologiques, mais elles réduisent énormément les coûts de production. Le projet a aussi permis de créer une unité de transformation composée de moulins à céréales : gérée par le groupement de femmes bénéficiaires, l’unité permet de réaliser divers types de couscous, d’arachides grillées … Elle permet de vendre à un prix plus avantageux que si la céréale était commercialisée à l’état brut.

Au Bénin, l’ONG Eclosio travaille depuis 2014 à valoriser la filière du fonio, un grain traditionnel cuisiné comme le mil mais beaucoup plus digeste et traditionnellement recommandé pour l’alimentation des enfants, des personnes âgées et pour les personnes souffrant d’intolérance au gluten ou de diabète. En relançant cette filière (production, transformation, commercialisation), le projet accroit la sécurité alimentaire et financière des familles.

En Afrique de l’est, la situation alimentaire est grave également, d’autant plus que les invasions de sauterelles ont détruit les récoltes de certaines régions. Ici aussi, l’Opération 11.11.11 contribue à améliorer la sécurité alimentaire.

Soutien à l'agriculture dans la région du Tigray en Ethiopie  (Crédit : © Caritas International )

Caritas International, par exemple, développe un grand projet de soutien à l’agriculture en Ethiopie, qui a permis d’augmenter considérablement les capacités d’irrigation dans la région du Tigray. Le financement a notamment permis de bâtir 1.000 mètres de canalisations. Le projet a également permis de soutenir l’organisation des paysans en coopérative de producteurs et de dispenser une formation intensive sur la production et la gestion des cultures horticoles. Si l’agroécologie est encore loin d’être le modèle dominant en Ethiopie, Caritas y assure entre autres la promotion des engrais écologiques, la restauration des sols et des nappes phréatiques.

L’ONG Iles de Paix est présente notamment en Ouganda, où elle accompagne des processus de transition agro-écologique. Le projet promeut l’utilisation de fertilisants naturels et de bio pesticides pour augmenter leur production. Ces techniques très simples permettent de créer des engrais et d’améliorer le rendement des cultures sans devoir acheter de produits chimiques. Le projet améliore aussi les capacités de stockage, de transformation et de commercialisation de la production au niveau familial et collectif et sur l’accès à des services financiers appropriés. Trois cents familles d’agriculteurs ont bénéficié de cet accompagnement, qui leur permet de sortir d’une logique de subsistance.

Ce ne sont là que quelques exemples des projets soutenus par l’Opération 11.11.11. L’an dernier, plus de 200 projets, dans une quarantaine de pays, ont bénéficié de de soutien. En faisant un don, vous participez à la plus grande collecte belge francophone pour les pays du Sud, dans un cadre pluraliste. La souveraineté alimentaire est un objectif au cœur des programmes de développement soutenus par l’Opération 11.11.11.

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