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Sommet sur les PMA : un manque d’ambition des gouvernements

25 août 2019

Le CNCD-11.11.11 déplore le manque d’ambition des gouvernements en matière de politiques de développement !

Sommet sur les PMA : un manque d'ambition des gouvernements

Le quatrième sommet des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA) vient de se terminer à Istanbul ce 13 mai. La Déclaration d’Istanbul ne fait aucune mention forte, réaffirmant tout au plus des engagements qui figuraient déjà à l’issue du sommet de 2001 à Bruxelles, il y a 10 ans. Le Programme d’action d’Istanbul pour les PMA, qui constitue le cœur des mesures concrètes censées encadrer la coopération des partenaires au développement des PMA pour les 10 années à venir, reste dans des formulations policées, fruit d’un consensus difficile entre intérêts souvent divergents des parties prenantes. Les principaux sujets de friction à Istanbul furent l’aide publique au développement (l’APD) et les enjeux de commerce.

Concernant l’APD, dans un contexte de crises financières et économiques, peu de pays donateurs sont favorables à une revue à la hausse. Les engagements contenus dans le Programme d’action de Bruxelles (2001) ont ainsi été reconduits sans modification notable. Concrètement, les donateurs fournissant déjà 0,20% de leur PNB en aide pour les PMA s’engagent à « continuer sur la même voie et maximiser leurs efforts pour augmenter encore leur APD aux PMA, avec comme objectif d’atteindre 0,25% ». Ceux qui ont atteint les 0,15% affirment viser les 0,20% et ceux qui restent en-deçà de 0,15% doivent faire de leur mieux pour atteindre la cible. La date butoir, 2015, réapparaît, signal de la nécessité de plus de financements si l’on veut atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement.

Le débat sur le commerce a consisté essentiellement en une discussion tendue au sein du groupe des pays en développement du G77. En effet, la possibilité d’un accès libre sans quotas ni taxes des produits des PMA aux marchés des pays industrialisés fait l’objet de tensions entre ceux qui bénéficient déjà de mesures préférentielles et les autres. Cette tension illustre en fait une des limites de la catégorisation PMA et des « avantages » qu’elle pourrait ouvrir. Un pays qui aurait enregistré suffisamment de progrès pour sortir de la catégorie PMA peut rester vulnérable économiquement, et la perte de ses préférences engendrer un coût trop élevé par rapport aux avancées économiques qu’il a réellement enregistrées. Toutefois, un des acquis du Programme d’action d’Istanbul est la mention qui y est faite des obstacles au commerce rencontrés par les PMA qui ne se limitent pas uniquement aux barrières tarifaires et aux quotas. En effet, il est reconnu que les capacités d’offre des PMA sont sérieusement réduites par le manque d’infrastructures adéquates, de technologies modernes et des déficiences énergétiques.

Les discussions ont aussi porté sur les questions de cohérence des politiques pour le développement des PMA. Alors que les programmes d’action successifs ont vu se confirmer plusieurs principes de solidarité avec les PMA, dans d’autres fora internationaux les pays industrialisés ne sont généralement pas leur meilleurs alliés et peuvent s’avérer de redoutables concurrents sur les matières commerciales par exemple. Cette réalité a tendance à annihiler les engagements pris dans les enceintes dédiées à la coopération internationale. Selon Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11 : « Ces questions de cohérence sont cruciales, tant les pays industrialisés ont l’habitude de reprendre d’une main ce qu’ils donnent de l’autre, en mobilisant des budgets d’aide au développement d’une part, mais en menant d’autre part des politiques commerciales, fiscales ou migratoires qui représentent autant de freins au développement des pays les plus pauvres ».

Le Sommet d’Istanbul se termine donc sur une note peu encourageante. Toutefois, plusieurs parties prenantes se sont donné rendez-vous à Busan pour se donner le temps d’une évaluation intermédiaire des progrès. Selon Oumou Zé, chargée de recherche au CNCD-11.11.11 et présente au Forum de la société civile à Istanbul : « Le 4e forum sur l’efficacité de l’aide sera en effet une occasion à ne pas manquer. Mais de façon plus large, les obstacles et opportunités pour le développement devront y être sérieusement analysés, et des mesures concrètes proposées. Il y va de la crédibilité de la communauté internationale qui parle depuis maintenant plus de 50 ans de réduction de la pauvreté et de développement, mais enregistre des résultats insuffisants au regard des défis globaux qui s’accroissent  ».

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