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Opératon 11.11.11

Sénégal : « S’il n’y a pas d’arbre, il n’y pas de vie »

Stéphanie Triest Stéphanie Triest
31 octobre 2018

L’agroforesterie permet de lutter contre la désertification et l’exode rural au Sénégal. Focus sur le travail de l’APAF (l’Association de Promotion des Arbres Fertilitaires, de l’Agroforesterie et la Foresterie), partenaire de l’ONG belge ULB Coopération, avec le soutien de l’Opération 11.11.11.

Sénégal : « S’il n’y a pas d’arbre, il n’y pas de vie »

Stéphanie Triest, CNCD-11.11.11
https://youtu.be/G8Tpco4C8FA

Wodé Ndour est la présidente du groupement des femmes de Diokhar. C’est l’un des villages de campagne proches de la ville de M’bour, à l’instar de Ndiouck Fissil ou Bandia, où l’APAF Sénégal soutient la population locale grâce l’agroforesterie. L’organisation est présente dans 5 communes.

Dans le village de Diokhar, une cinquantaine de femmes pourront, à l’avenir, faire du maraîchage et gérer chacune une parcelle de 100 à 150 m2, sur un périmètre d’un hectare au total.

C’est zone très sèche située à l’Ouest du Sénégal, où la terre est balayée par le vent du Sahara et où il est impossible de cultiver durant la saison sèche, d’octobre à juin environ (de 8 à 9 mois par an).

Aussi, l’APAF propose une solution simple, qui consiste à revenir à une méthode ancestrale : créer des périmètres maraîchers protégés par les arbres, pour protéger les cultures du soleil et du vent.

Il ne s’agit pas de n’importe quels d’arbres, mais d’arbres « fertilitaires » issus de la sous-famille des mimosacées. Elle comprend une dizaine d’espèces comme l’albizia. Cette espèce a la particularité de capturer l’azote, le potassium et le phosphore dans l’air, de les piéger et de les injecter dans le sol, afin de rendre la terre à nouveau fertile. Ce sont des arbres qui poussent relativement vite.

L’APAF apporte un savoir-faire technique, en formant les femmes impliquées dans les groupements, et un soutien matériel, en fournissant les semences importées de l’étranger, notamment.

C’est d’autant plus nécessaire que le Sénégal est fortement touché par la désertification, le pays a perdu 675 000 hectares de forêt en 15 ans. Ce phénomène est lié à plusieurs causes : une démographie importante (une croissance annuelle de dix millions d’habitants, source FAO 2017), l’urbanisation et la cueillette intensive de bois utilisé par les ménages pour cuisiner. La désertification est renforcée par le réchauffement climatique et inversement. En effet, les forêts jouent un rôle essentiel dans le cycle de l’eau. Moins il y a d’arbres, moins l’eau est retenue, plus le désert avance.
A long terme, la désertification contribue à l’appauvrissement des ressources, à l’insécurité alimentaire et pousse une partie de la population, les jeunes en particulière, à migrer vers les villes.

  (Crédit : © ULB Coopération )

Là où deux enjeux entrent en concurrence, la gestion des cultures et la protection des forêts, l’agroforesterie a l’avantage de renforcer ces deux aspects en les rendant complémentaires. De fait, l’agriculture est le principal moteur de la désertification dans le monde. Il est urgent de favoriser les interactions positives. Et l’agroforesterie permet d’abandonner la culture itinérante sur brûlis.

Autres avantages, les périmètres créés par l’APAF permettent de concentrer les cultures sur une seule parcelle, de se passer d’intrants chimiques (pesticides, etc.), de développer des activités à valeur ajoutée (production de fruits, de miel). Les femmes peuvent y trouver du bois de chauffe.

L’APAF Sénégal est l’un des partenaires d’ULB Coopération, une ONG membre du CNCD-11.11.11, le Centre national de coopération au développement. Le projet est soutenu par l’Opération 11.11.11.

Sur l’ensemble du pays, 1071 agriculteurs de 91 villages participent depuis 2013 à l’expérience.

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