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RD Congo : les violences sexuelles ne sont pas une fatalité !

Les violences sexuelles contre les femmes ont pris ces dernières années une ampleur sans précédent en République démocratique du Congo. Des associations luttent contre ce phénomène. A Kinshasa, c’est le cas de la LIFDED qui, avec le soutien du CNCD-11.11.11, entend démontrer que ces crimes et l’impunité qui les entoure ne sont pas une fatalité.

Nous sommes à la Tshangu, un des quatre districts de Kinshasa. Connu comme la « zone rouge » depuis la période mobutiste, c’est de ce quartier populaire qu’est issue la majorité des enfants des rues de la capitale congolaise. C’est ici aussi qu’entre 1998 et 2002, la population locale affronta à mains nues les milices armées parrainées par les pays voisins en vue de les empêcher de prendre possession de la capitale.

Aujourd’hui, la paix est revenue, mais la « zone rouge » reste caractérisée par une insécurité chronique. Les femmes sont au rang des principales victimes. Les violences sexuelles à leur encontre y sont nombreuses. Généralement délaissées, ces femmes ne savent pas comment réagir et à qui s’adresser lorsque cela arrive. C’est pourquoi la LIFDED (Ligue des femmes pour le développement et l’éducation à la démocratie) a lancé un programme d’envergure sur le terrain, pour accompagner les victimes dans leurs démarches, lutter contre l’impunité et éviter que cela ne se reproduise !

Artisans de paix

« Les violences sexuelles faites aux femmes ne sont pas une fatalité », affirme Grâce Lula, directrice de la LIFDED. « Nous voulons transformer cette zone rouge en zone verte ». Grâce au soutien du CNCD-11.11.11, la LIFDED a développé un programme à plusieurs facettes.
A côté d’un travail de sensibilisation et d’interpellation des décideurs - politiques, militaires, administratifs, judiciaires - , elle forme des dizaines d’« artisans de paix », chargés de la mise en place d’un système de veille et de l’accompagnement local des victimes. Ce système, la LIFDED s’applique à le développer en collaborant avec les écoles et en formant des « relais communautaires » avec les communautés de base.

Concrètement, lorsqu’un viol est constaté grâce au système d’alerte, « il faut réagir très rapidement », insiste Denise Kasela, directrice des programmes de la LIFDED, « parce que les maladies sexuellement transmissibles doivent être traitées dans les 72 heures et parce qu’il faut éviter que le bourreau fuie ou soit relâché par manque de preuves ». Pour poursuivre l’agresseur, la LIFDED collabore avec une association d’avocats. Une tâche importante pour faire pression sur des pouvoirs publics peu enclins à intervenir dans cette zone.
Parallèlement, les artisans de paix tentent de persuader la victime et sa famille qu’étouffer l’affaire – la honte de la situation ! - contribuera à banaliser le phénomène et à le généraliser. Vu qu’il est très rare que la victime d’un tel crime soit accompagnée, la LIFDED intervient en assurant à la fois la prise en charge médicale et juridique. Un partenariat a été tissé dans ce sens avec une autre association, les Femmes chrétiennes pour le développement et la démocratie. Celle-ci a ouvert une « clinique » juridique offrant conseils et services de médiation tout en préservant l’anonymat de la victime.

29 cas traités en 2009

En 2009, le programme a permis à la LIFDED de traiter 29 cas de violences sexuelles. « C’est à la fois peu et beaucoup, estime Grâce Lula.Nombre de cas restent non traités parce que les familles des victimes refusent de collaborer. D’où l’importance du programme de sensibilisation des populations locales ».

Grâce Lula et Denise Kasela . Grâce Lula et Denise Kasela

Parmi les cas traités, il y a celui d’une petite fille de 13 ans, violée un dimanche soir par un enseignant de 55 ans. « C’était un récidiviste, mais notre action a enfin permis de l’incarcérer  » précise Grâce Lula. Le bourreau a, en effet, été incarcéré à vie, après avoir été exclu de l’école où il enseignait, tandis que la petite fille a pu être suivie médicalement et psychologiquement à l’hôpital. « Nous-mêmes ne sommes pas épargnées », ajoute Grâce. «  Le 8 mars 2009, journée de la femme, ma propre nièce a été violée et nous avons directement réagi. »

Sur sa lancée, la LIFDED a entamé en 2010 le développement de son programme sur une zone plus vaste. Elle s’est aussi ouverte à des réseaux de la société civile kinoise, des structures qui ont pour tâche d’encadrer des organisations communautaires de base de leurs districts. L’objectif est d’étendre le programme en collaboration avec les communautés de base dans les zones périurbaines de la capitale, tout en renforçant ce qui existe déjà. « Nous voulons systématiser le système d’alerte et l’accompagnement des victimes », conclut Grâce Lula. «  C’est la seule manière d’attaquer de front ces violences impunies et de garantir les droits des femmes congolaises ».

Tags: Congo (RD)

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