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Pourquoi il faut chanter pour le climat

25 septembre 2012

Le week-end dernier, l’action « Sing for the Climate » a été un succès à Bruxelles. Michel Genet (Coalition Climat), Arnaud Zacharie (CNCD-11.11.11), Nic Balthazar reviennent sur les principales revendications avant le prochain sommet international sur le climat à Doha (Qatar) en décembre.

Cela ne vous aura pas échappé : le week-end dernier, plusieurs dizaines de milliers de citoyens belges ont chanté pour le climat dans le cadre de la grande mobilisation nationale « Sing for the Climate ». 180 communes ont répondu à l’appel. Ils ont exprimé leurs préoccupations pour sauver la planète en chantant « “Do it now ».
C’est la voix de ces dizaines de milliers de personnes que nous allons porter lors du prochain sommet sur le climat à Doha (Qatar) en décembre auprès de nos décideurs politiques ! Un clip vidéo sera réalisé par Nic Baltazar et remis symboliquement à nos décideurs politiques à la veille du sommet international. Car il y a le feu au lac. Et tous les experts du climat sont unanimes pour dire que plus vite on l’éteindra, plus les chances seront grandes de sauver les meubles. Chaque minute d’hésitation est donc une minute de trop. Mais pourquoi prête-t-on si peu d’attention au pompier ? Il n’y a pourtant aucun mystère. On s’attend à ce que, d’ici quatre ans, les glaces du pôle Nord disparaissent totalement pendant l’été, pour ne citer qu’un seul exemple d’évolution catastrophique. Même les plus pessimistes des climatologues n’avaient pas tablé sur une telle rapidité. La dernière prévision du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) quant à la fonte totale des glaces du pôle Nord renvoyait à la fin du siècle. Toutes sortes de groupements nous invitent à la prudence, car des mesures trop radicales pourraient coûter des emplois, beaucoup d’argent et surtout s’avérer néfastes pour l’industrie. OK, on connaît le message. Différentes études soulignent cependant qu’une plus grande ambition climatique va de pair avec une société compétitive et en meilleure santé. En d’autres termes : l’ambition climatique sert notre propre intérêt. En outre, la glace fond à un train d’enfer ! Et ce n’est vraiment pas une mauvaise nouvelle que pour l’ours polaire. Cela signifie en effet que tout notre système climatique pourrait complètement s’emballer. Pensiez-vous réellement que le pôle Nord pouvait disparaître avec comme seule conséquence que nous pourrions aussi désormais aller y pomper du pétrole ?

Naturellement, les seuls impacts vraiment catastrophiques se sont jusqu’à présent surtout cantonnés dans le Sud. Le nombre de catastrophes naturelles y a doublé au cours des vingt dernières années. Inondations, sécheresses, épidémies, mauvaises récoltes, famines, etc. y coûtent la vie à plus de 300.000 personnes par an. La télévision ne s’y intéresse qu’à partir de plusieurs milliers de morts en même temps. Visiblement, c’est aux ONG et à la coopération au développement de se faire du souci (ce qui est aussi notre cas). Mais ce n’est pas un motif suffisant pour que l’Europe accélère la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pas suffisant non plus pour la Belgique afin de mener une politique climatique digne de ce nom. Nous préférons encore toujours acheter de l’air pur chez les autres.

L’information gênante qu’aucune chaîne n’ose révéler concerne la réaction en chaîne déclenchée par nos émissions de CO2. Si les glaces du pôle Nord fondent totalement, l’hémisphère Nord verra aussi se rapprocher de très près les catastrophes climatiques. Sans glaces, le réchauffement risque en effet de se précipiter d’une manière assez imprévisible. L’eau sombre absorbera la lumière du soleil qui était reflétée par la glace. Le permafrost sibérien fondra. Le méthane jusque-là prisonnier sous ce permafrost et ainsi libéré est au moins vingt fois plus puissant que le gaz à effet de serre. Les très nombreuses réactions en chaîne supplémentaires que subira la planète ne manqueront malheureusement pas. Chaque feu de forêt allumera un autre foyer. Si nous avons peur de ne plus avoir d’électricité cet hiver, il y a certaines choses que nous devrions craindre bien plus encore.

Et pourtant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être pessimistes. Les solutions et les nouvelles idées ingénieuses pour une économie et une industrie durables sont au moins aussi porteuses d’espoir que les défis et dangers sont énormes. Bien entendu, tout cela aura un coût. Mais même le plus ambitieux des plans d’action ne représente qu’une fraction du gaspillage induit par la crise bancaire. Ou des dépenses mondiales consacrées encore à la défense. Nous savons par ailleurs pertinemment que l’inaction aujourd’hui nous coûtera bien plus cher demain.

Avec l’action « Sing for the Climate », nous en appelons aux responsables politiques qui ont le courage de véritablement nous défendre. Pour construire un avenir vraiment durable et accessible en osant nous libérer de notre dépendance apparemment chronique aux combustibles fossiles. Nous observons que de plus en plus de gens n’attendent plus les politiques pour prendre la problématique à bras-le-corps. Ils utilisent des ampoules économiques, roulent moins en voiture, achètent des voitures plus petites et électriques, adaptent leur régime alimentaire. C’est un premier pas, ces personnes méritent d’être soutenues et encouragées, car une adaptation de nos habitudes de consommation est inévitable. Toutefois, prétendre que cela suffit est une erreur, pour reprendre les termes de Michael Braungart. Cela reviendrait à prendre l’honorable décision de ne plus battre sa femme le mardi et le vendredi.

L’enjeu est la réduction de 80 % de notre CO2 d’ici 2050. Si nous voulons avoir une chance de survivre. Cela doit absolument passer par un grand plan à l’échelle mondiale. Toutes les idées, toutes les technologies, tous les modèles de société existent déjà depuis longtemps. Certains concepts simples, comme utiliser les choses avec modération, remontent à peine à l’époque de nos grands-mères. Il s’agit de se pencher maintenant, tout de suite, sur une alternative permettant de maîtriser véritablement la hausse des températures. Nous le répétons une fois encore : deux degrés en plus entraîneront une acidification des océans et la ruine de la pêche. Le manque d’eau menacera trois milliards de personnes. Ceux qui s’inquiètent de la migration peuvent réellement commencer à paniquer. Trois degrés en plus et la forêt amazonienne périra, la montée des eaux mettra aussi l’Europe en danger, les économies s’effondreront comme des châteaux de sable sous les vagues… Avec un degré en plus : le niveau de l’eau s’élèvera, les glaces du pôle Nord fondront, le désert s’étendra, les récoltes perdront un cinquième de leur productivité. Détail piquant : les mesures actuelles nous emmènent vers une hausse d’au moins 3,5 degrés.

C’est pourquoi, nous avons chanté pour le climat. Dans le plus de communes possibles, parce que partout où nous allons, nous croisons des gens qui veulent s’engager et qui veulent commencer à construire un monde meilleur. Let’s do it now.

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