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Opération 11.11.11. Cinq femmes inspirantes mises à l’honneur

Carine Thibaut Carine Thibaut 3 novembre 2019

L’Opération 11.11.11 a choisi en 2019 de mettre à l’honneur cinq femmes connues pour leur engagement pour un monde juste et durable. Des cartes postales à leur effigie - réalisées par Nadia Akingbule seront vendues par les volontaires durant la récolte de fonds du 7 au 17 novembre 2019, ainsi que sur notre boutique en ligne. On vous les présente.

Dans un monde où les femmes choisissent de plus en plus de se mobiliser, de transformer au quotidien les injustices qui les entourent, le CNCD-11.11.11 rend hommage à leur engagement. Un hommage d’autant plus justifié que ces militantes sont parfois prises à partie, mises à l’index, attaquées sur les réseaux sociaux ou poursuivies en justice. Certaines, comme Beta Caceres ou Marielle Franco, ont même payé de leur vie leur combat pour la justice.

Angela Davis, figure emblématique du mouvement noir américain

Angela Davis  (Crédit : Illustration : Nadia Akingbule )

Aux côtés de Malcom X et de Martin Luther King, Angela Davis est l’une des figures de proue du mouvement noir américain. Angela Davis nait en Alabama dans les années 40 dans une famille afro-américaine. Pendant son enfance, sa famille déménage dans un quartier auparavant réservé aux blancs. Elle est marquée très vite par les actes de racisme, qui vont jusqu’à brûler des maisons achetées par des familles noires américaines. Peu à peu, sa conscience des discriminations s’affine, nourrie par les récits de ses grands-parents qui lui racontent leur vie d’esclaves.

Alors qu’elle a 22 ans, elle lit les œuvres marxistes et s’en revendique. Elle rejoint les mouvements radicaux engagés pour la défense des droits des noirs-américains, les « Black Panthers ». Elle refuse tant les mouvements intégrationnistes comme celui de Martin Luther King que les mouvements séparatistes qui veulent créer une nation noire en-dehors de celle des blancs. Son engagement politique l’amène à concevoir le racisme et les discriminations systématiques vécues par les noirs-américains comme l’un des mécanismes d’oppression du système capitaliste.

Recherchée, arrêtée après plus d’un an de cavale, poursuivie en justice, encourant la peine de mort, elle est acquittée en 1972 de toutes les charges contre elle. Les Rolling Stones lui auront dédié une chanson, et plus de 100.000 personnes auront défilé dans les rues de Paris pour exiger sa libération.

A 75 ans, son engagement reste vivace aujourd’hui, de l’anti-sexisme au complexe militaro-pénitentiaire, en passant l’abolition de la peine de mort. Angela Davis est l’une des grandes voix engagées de l’Amérique.

Marielle Franco, critique farouche de la violence policière au Brésil

Marielle Franco  (Crédit : Illustration : Nadia Akingbule )

Issue des « favelas », les quartiers populaires de Rio de Janeiro, Marielle Franco s’est fait connaitre pour son engagement en faveur des minorités et contre les violences policières, avant d’être assassinée à 38 ans.

C’est à la suite du décès d’une de ses amies, tuée par balles lors d’un échange de tirs entre policiers et trafiquants de drogue, que Marielle Franco s’engage dans la dénonciation des violences policières qui accompagnent les opérations de police dans les quartiers pauvres de Rio.

En 2016, elle est élue au conseil municipal de Rio de Janeiro, sur une liste de gauche radicale, forte de plus de 46.000 voix, l’un des meilleurs résultats de la ville. Elle décide de faire de son mandat celui du genre, de la négritude et des droits humains, et introduit de nombreuses propositions, notamment sur l’accès à l’IVG ou l’ouverture des crèches la nuit pour les parents qui travaillent de nuit.

Le 14 mars 2018, Marielle Franco et son chauffeur, ont assassinés par arme à feu dans le centre de Rio de Janeiro. Très vite, la nouvelle de son assassinat suscite de vives réactions au Brésil. Plus de dix manifestations ont lieu dans les grandes villes du pays, ainsi qu’à l’international. Un après son assassinat, deux policiers soupçonnés de l’avoir assassinée sont arrêtés. Les commanditaires ne sont pas inquiétés, ce qu’Amnesty International continue de dénoncer avec la famille de Marielle Franco.

« Marielle était souriante, forte, sûre d’elle et avait les pieds sur terre. Elle regardait les gens des yeux et savait qu’elle était différente des autres élus qu’elle côtoyait », explique Marcela Lisboa, productrice culturelle et amie de longue date de la conseillère municipale. (Capital.fr, 15/03/2018)

Berta Caceres, militante écologiste et défenseuse des droits des peuples indigènes assassinée au Honduras

Berta Caceres  (Crédit : Illustration : Nadia Akingbule )

Berta Caceres est hondurienne, issue du peuple indigène Lenca. En 1993, elle cofonde le COPINH - le Conseil citoyen des organisations des peuples amérindiens du Honduras. A partir de 2006, elle se mobilise contre le projet de construction du barrage hydroélectrique d’Agua Zarca qui risque de priver d’eau des centaines d’habitants et d’expulser de nombreuses communautés. Son engagement lui vaut d’être régulièrement menacée.

En mars 2016, elle est assassinée chez elle. Une mobilisation internationale est lancée, de nombreux militants, partout dans le monde, demandent au Honduras une enquête impartiale et indépendante.

Le 29 novembre 2018, sept hommes sont reconnus coupables et condamnés. Le journal Reporterre note que « le tribunal a jugé que le meurtre avait été ordonné par les dirigeants de la société du barrage, Desa, en raison des retards et des pertes financières liés aux manifestations dirigées par Berta Cáceres. Les assassins payés pour tirer sur Cáceres et ceux qui ont organisé le crime ont été condamnés, mais les commanditaires du meurtre restent pour l’instant dans l’impunité. »

Tarana Burke, étincelle du mouvement #MeToo

Tarana Burke  (Crédit : Illustration : Nadia Akingbule )

Tarana Burke est une militante féministe américaine, qui fut à l’origine du mouvement #MeToo. Contrairement à ce que l’on croit, celui-ci n’est pas né en 2017 avec les dénonciations d’abus dans le cadre de l’affaire Weinstein, visant l’un des producteurs les plus importants d’Hollywood. Il existe depuis 2007. Dès cette époque, Tania Burke lance la campagne pour dénoncer les abus sexuels et construire une chaîne de solidarité entre les victimes.

Elle-même victime d’abus sexuels dans son enfance et son adolescence, Tania Burke prend conscience, au cours des années 1990, de son incapacité à partager son expérience. Alors éducatrice, elle reçoit le témoignage d’une jeune fille de 13 ans, qui lui avoue avoir été victime de viols. Elle ne parvient pas à s’ouvrir à la fillette pour lui dire « me too » (« moi aussi »). Cette expérience fondatrice est à l’origine du slogan, qui deviendra un hashtag au succès planétaire une décennie plus tard.

« Sur Facebook, il (le hasthtag) a été partagé dans plus de 12 millions de messages et de réactions dans les premières vingt-quatre heures, selon Associated Press. Alors que #MeToo devient une prise de conscience planétaire sur l’omniprésence des violences ou des agressions sexuelles, de l’enfance à l’âge adulte. De nombreuses femmes appellent à ouvrir le débat sur les enjeux politiques, éducatifs, judiciaires de ce fait social et remettent en avant le combat d’activistes, comme Tarana Burke, qui sont au front depuis des années » (Libération, 12/01/2018).

La vague #MeToo permet enfin aux femmes victimes d’abus sexuels de faire « changer la honte de camp , » comme le dira l’anthropologue Françoise Lhéritier. Le mouvement lancée par Tarana Burke a pour objectif de créer un lien de sororité entre survivantes afin que les femmes dépassent leur statut de victimes, se soutiennent et agissent. Son crédo est le suivant : « Empowerment through empathy » (« L’autonomisation par la compassion »).

Vandana Shiva, l’icône écologiste indienne des altermondialistes

Vandana Shiva  (Crédit : Illustration : Nadia Akingbule )

Reconnue internationalement pour son combat pour l’agriculture familiale et contre les OGM, Vandana Shiva a placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement. Le prix Nobel alternatif, qui lui est décerné en 2003, a consacré cet engagement.

Physicienne et philosophe de formation, elle devient rapidement une cheffe de file de l’agroécologie et de la lutte contre le brevetage du vivant. Dès les années 80, elle est très active dans le « Narmada Bachao Andolan » (Mouvement Sauvons le Narmada). Celui-ci s’oppose à la construction d’énormes barrages sur la rivière Narmadâ, qui bouleversent les écosystèmes et obligent le déplacement de millions de paysans pauvres.

A l’initiative d’une campagne internationale contre les OGM, « elle considère que les OGM sont l’arme économique qui permet à l’agro-industrie de mettre sous sa coupe les paysans du monde ». Féministe, adepte de la désobéissance civile, Vandana Shiva est de tous les combats : contre Coca Cola, l’OMC, les OGM, pour l’agroécologie et les droits des femmes. Auteure de plus de 20 livres, elle continue d’alimenter la réflexion et les luttes actuelles.

Sur son engagement féministe, elle dira : « Ce sont elles (les femmes), bien plus que les hommes, qui montent au front, parce qu’elles subissent depuis toujours la division sociale du travail. Tout ce qui ne semble pas important aux hommes, prendre soin de sa famille, de la terre, nourrir les enfants, entretenir la maison - bref, ce qui fait la vie - est relégué aux femmes. Tout ce qui, en revanche, semble important - l’argent, le pouvoir, la guerre - revient aux hommes. Et quand on attaque la nature, ce sont elles, les premières, qui flairent le danger. Notre économie, fondée sur le patriarcat, pousse les hommes à détruire et les femmes à soigner, à réparer, donc à se révolter.  » (L’Express, 13/12/2014)

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