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Migrations

Libye : condamner ne suffit pas

23 novembre 2017

Hier, Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, a condamné le traitement inhumain des migrants en Libye. Si cette condamnation est une évidence, elle ne suffit pas. Le CNCD-11.11.11 demande à la Belgique d’agir de manière cohérente, en cessant de contribuer au financement des politiques européennes qui visent à repousser les migrants vers la Libye.

Les images de migrants africains vendus en tant qu’esclaves en Libye ont provoqué l’indignation de la communauté internationale. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres , « horrifié », a exigé l’ouverture d’une enquête assortie de sanctions pénales. Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, a appelé la Cour pénale internationale (CPI) à se saisir du dossier. Le Tchad, quant à lui, a évoqué une intervention militaire. En Belgique, hier, Didier Reynders, a rappelé la nécessité de trouver « une solution politique inclusive en Libye » et le rôle actif de la Belgique, via son apport au fonds européen d’urgence pour l’Afrique, dans la lutte contre « le traitement inhumains des migrants en Libye » .

Cette condamnation rejoint les mises en gardes répétées de la société civile et des Nations Unies concernant les violences et les trafics dont sont victimes les migrants dans les centres de détention en Libye. Par contre, il faut souligner le manque de cohérence entre ces propos et les politiques européennes qui sont menée dans ce pays, avec le soutien financier de la Belgique.

En effet, l’Union européenne, en externalisant la gestion des migrations , est en partie responsable des violations des droits de l’homme commises en Libye. Elle soutient à hauteur de 46 millions d’euros, via le fonds européen d’urgence pour l’Afrique, la formation, le soutien logistique et matériel octroyé aux garde-côtes libyens. Or, ces garde-côtes ont pour mission d’intercepter les migrants au large de la Libye et de les renvoyer dans les centres de détention où leurs droits sont systématiquement bafoués.

Pour rappel, le fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique de l’Union européenne a été créé en 2015 pour s’attaquer aux « causes profondes » de la migration et promouvoir la stabilité dans la région. Il fonctionne avec 80% des budgets européens de la coopération au développement. La Belgique y participe à hauteur de 10 millions d’euros. Cependant, en Libye et au Niger, ce fonds est de moins en moins utilisé pour « renforcer la résilience et la protection de populations vulnérables en Libye », comme l’indique le communiqué des Affaires étrangères, mais plutôt pour lutter contre les migrations.

La Belgique contribue à hauteur de 4 millions d’euros aux politiques menées par le fonds en Afrique du Nord, et donc au soutien des garde-côtes libyens. En tant que bailleur, la Belgique a son mot à dire dans l’attribution et la mise en œuvre des projets du fonds.

Dans la cadre de la campagne Justice migratoire, le CNCD-11.11.11 condamne l’instrumentalisation de l’Aide publique au développement pour restreindre les migrations et demande l’arrêt immédiat du soutien aux garde-côtes libyens. Pour mettre fin aux violences actuelles, la seule alternative crédible consiste à développer des voies d’accès sûres et légales vers le territoire européen.

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