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Le changement, c’est ... dans tes rêves

Gérard Manréson Gérard Manréson 28 octobre 2013

« Pas au sud, complètement à l’ouest ! », la chronique subjective et complètement à l’ouest,… de Gérard Manréson, docteur ès cynisme à HECC, la Haute école du Café du Commerce.
Tous les deux mois dans notre magazine Demain le monde.

Nooon. Aaargh. Vite ! Il va nous échapper… Tiens ! Mon oreiller … Ouf, ce n’est qu’un cauchemar ! Excusez-moi, mais mon sommeil n’est plus réparateur depuis quelques semaines. Je fais des crises d’angoisse nocturnes. Mon thérapeute a trouvé les coupables. Ce sont ces petits ingrats que nous avons pris sous notre aile, élevés avec amour en plein air dans nos plus belles universités, qui ont une carrière brillante, des salaires mérités - bien que mirobolants pour les poujadistes de tout poil - et qui, du jour au lendemain, décident de tout balancer : des fichiers bancaires, des dossiers secrets, des disques durs, des livres de confession de traders et autres interviews explosives de « responsables qualité » dans l’agro-alimentaire. Tout d’un coup, sans que le DRH ou le manager le voient venir, ils bredouillent des mots incompréhensibles, qui ne veulent rien dire et dont je ne suis même sûr de l’orthographe : éthique, conscience, responsabilité sociétale, civisme, respect, vie privée, droit du travail. J’ai mis les meilleurs linguistes et neurologues de mon entourage sur le coup. On ne comprend pas. Serait-ce une variante du burn out ? En tout cas, un court-circuit neurologique se produit, leur nez se débouche, l’argent acquiert une odeur et ils décident de quitter le bercail. Je les soupçonne aussi de vouloir jouer aux stars. Voilà un effet pervers du temps de cerveau disponible auquel je n’avais pas pensé.

Sérieusement, c’est la mouise les gars ! Imaginons, ne fût-ce qu’un instant que l’épidémie se répande et que la confession devienne une pratique de masse. C’est la cata ! Oui, imaginons comme John Lennon un monde où votre pépiniériste irait déposer au parc à conteneurs les pesticides qu’il est censé vendre. Imaginons des banquiers téléphonant à leurs clients pour les presser de venir résilier leurs placements en bourses et leurs fonds de pension. Imaginons des vendeurs de voiture vous expliquant que la voiture la plus écologique est celle qui n’est pas produite. Imaginons une société pharmaceutique qui déposerait toutes ses trouvailles dans le domaine public. Imaginons un constructeur d’appareils électroménagers ou de télécommunications qui vendrait des pièces de rechange. Imaginons un agriculteur en capacité de négocier les prix avec la grande distribution. Imaginons des journalistes qui feraient de l’investigation et joueraient au quatrième pouvoir. Imaginons GlaxoSmithKline recommander de recycler en papier hygiénique toutes les études de scientifiques qu’ils ont financées pour accréditer leur nouveau poison. Oui, Imaginons ... Le système serait au bord de l’abîme. Quand je vous dis que la bérézina n’est pas loin.

Pour que le système tourne, il faut que tout monde reste bien convaincu que s’il se met en danger, cela ne changera quand même rien. Rien du tout. Distiller certaines infos régulièrement est un remède efficace et peu coûteux, permettant de saper tout espoir de changement. Le tempo est important. Un jour, vous faites circuler l’info que la taxe sur les transactions financières sera vidée de son contenu. Le lendemain, vous publiez les derniers résultats financiers de Goldman Sachs qui double ou triple ses bénéfices. Et vous saupoudrez le tout d’un verbiage abscons d’un idéologue à la mode. J’ai d’ailleurs bien aimé la dernière salve de Bruno Colmant dans l’Echo (23/07) qui nous dit que « cette crise ne finira jamais », qu’il faut « tourner la page du vingtième siècle  » (lire l’Etat providence). Il y a de quoi mettre sous Prozac plus d’un candidat au grand déballage, n’est-ce pas ? Moi, en tout cas, je crois que je vais bien dormir cette nuit.

Alors, merci qui ?

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