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Le Burundi doit définitivement tourner la page Nkurunziza

27 avril 2015

L’actuel président burundais, Pierre Nkurunziza, a annoncé samedi, lors du congrès de son parti CNDD-FDD, qu’il se présenterait à la présidentielle du 26 juin 2015. Cette candidature à un troisième mandat contrevient tant à la Constitution qu’à l’esprit des accords d’Arusha. Depuis ce weekend, les manifestations se multiplient dans le pays, durement réprimées par les forces de police. Avec ses partenaires de la plateforme « Tournons la page », le CNCD-11.11.11 appelle la communauté internationale à condamner la candidature anticonstitutionnelle de M. Nkurunziza. Les militants emprisonnés doivent être immédiatement relâchés.

La tension s’est fortement accrue au Burundi ces dernières semaines, alors que l’intention de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat devenait de plus en plus claire. Les 18 au 19 février, déjà, lors d’une manifestation à Bujumbura organisé par les partis de l’opposition, 117 personnes ont été arrêtées. Parmi elles, 67 sont toujours emprisonnées.

L’annonce officielle de la candidature a provoqué de nouvelles manifestations importantes dans la capitale. Selon le Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), principal partenaire du CNCD-11.11.11 au Burundi, des dizaines de milliers de manifestants descendent dans les rues, bravant les forces de police.
Mais la répression est à la hauteur de la mobilisation. Cinq personnes ont été tuées depuis samedi, et de dizaines d’autres ont été blessées. Plusieurs centaines de personnes auraient en outre été arrêtées, parmi lesquelles le militant Pierre Claver Mbonimpa. Attendu pour une émission à la Maison de la presse, ce dernier a été arrêté et conduit dans un endroit inconnu. Le délégué-général du FORSC, Me Vital Nshimirimana, fait quant à lui l’objet d’un mandat d’arrêt.

  (Crédit : www.igihe.bi )

La liberté des médias a en outre été sévèrement limitée. Les émissions de sept radios indépendantes ont également été interrompues, et les radios privées n’émettent plus à l’intérieur du pays.

Les craintes de voir ces tensions se transformer en situation de guerre sont réelles : plus de 8 000 Burundais (dont 60% d’enfants) auraient, selon le HCR, quitté le pays pour se réfugier au Rwanda voisin. Le danger est grand de voir les déçus de l’opposition de prendre les armes et de se tourner vers la violence comme réponse à l’oppression.

Afin de mettre un terme à ce nouveau cycle d’agitations, la paix, la sécurité et la stabilité sont les conditions primordiales à un développement intégral et durable. Le Burundi, qui a connu des décennies de crises, doit définitivement « tourner la page » de la violence. Le pays a, certes, connu quelques réelles progrès mais il stagne tout de même à la 180e place (sur 187) du classement de l’Indice de développement humain du Programme des Nations-Unies pour le Développement.

Les tensions au Burundi pourraient également avoir des implications régionales en RDC et au Rwanda où les deux présidents terminent leur deuxième mandat respectif mais pensent à un troisième consécutif.

Avec ses partenaires de la plateforme « Tournons la page », qui promeut l’alternance démocratique en Afrique, le CNCD-11.11.11 appelle la communauté internationale à condamner le mépris de la Constitution et des Accords d’Arusha dont fait preuve Pierre Nkurunziza.

Nous appelons l’Union africaine à appliquer l’article 23 de sa Charte de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui prévoit des sanctions en cas de changement inconstitutionnel de gouvernement.

Les militants emprisonnés doivent être immédiatement relâchés, et les atteintes à la liberté d’expression doivent cesser.

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