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Du Nord au Sud et à l’envers

Forcé(e)s à se marier ou à travailler

Jean-François Pollet Jean-François Pollet 29 août 2019

De la péninsule arabe avec le système Kafala au Paraguay dans les ranchs à bétail, en passant par les pêcheries de Thaïlande et les champs de tomates d’Italie, l’esclavage est un phénomène planétaire. 40,1 millions de personnes dans le monde sont réduit à l’esclavage. Les femmes sont les plus touchées par la servitude, et parfois les enfants.

L’esclavage moderne touche 40,1 millions de personnes dans le monde, selon le Bureau international du Travail (BIT). Parmi elles figurent 15,4 millions de femmes mariées de force. « Ces mariages privent les filles d’école et les exposent aux violences et à l’arbitraire de leur entourage », dénonce Axèle Gibert, chargée de projet à Plan International, une organisation de défense
des droits de l’enfant.

Privées d’éducation, ces jeunes filles éprouveront plus tard des difficultés à prendre les bonnes décisions pour leurs familles. Selon la Banque mondiale, l’abandon de cette tradition séculaire rapporterait 566 milliards de dollars d’ici 2030 pour les pays en développement. « Grâce aux différentes campagnes citoyennes qui sont menées, certains Etats commencent à revoir leur législation, poursuit Axèle Gibert. Le Malawi, où des fillettes de neuf ou dix ans sont régulièrement mariées de force, s’est engagé à faire strictement respecter l’âge légal du mariage fixé à 16 ans. Le Brésil a pris une décision identique. Au Guatemala, les mobilisations soulevées par trois jeunes filles ont abouti au relèvement de l’âge légal à 18 ans. »

Le BIT estime par ailleurs que 24,9 millions de personnes sont réduites au travail forcé, un chiffre que dénonce Sharan Burrow, secrétaire générale de l’International Trade Union Confederation, la confédération mondiale des syndicats basée à Bruxelles. « De la péninsule arabe avec le système Kafala [1] au Paraguay dans les ranchs à bétail, en passant par les pêcheries de Thaïlande et les champs de tomates d’Italie, l’esclavage est un phénomène planétaire. Son chiffre d’affaires annuel de 150 milliards de dollars par an (135 milliards d’euros), en fait la troisième plus fructueuse activité illicite après le trafic de drogue et d’armes. » Le travail forcé revêt des formes traditionnelles comme la servitude pour dette qui touche huit millions de travailleurs réduits à exécuter de lourdes tâches en paiement des intérêts d’une créance parfois très ancienne. Mais il se développe surtout dans l’univers tout à fait contemporain des industries et de l’agriculture commerciale.

« On voit apparaître dans les usines des formes de travail d’une précarité jamais vue, reprend la syndicaliste, avec des contrats à court terme, des horaires irréalistes et des salaires indignes qui s’apparentent à de la servitude. »

Des entreprises complices

Les produits fabriqués par ces esclaves modernes sont écoulés dans des circuits commerciaux formels dont une grande partie aboutit dans les pays riches. La Walk Free Foundation (WFF), organisation australienne qui publie chaque année un index mondial de la servitude, estime que les pays du Nord importent chaque année pour 171 milliards d’euros d’ordinateurs et de téléphones issus de chaînes de production susceptibles de recourir à des formes d’esclavage.

Le Nord importe également du textile (109 milliards d’euros), des produits de pêche (11 milliards) et du cacao (3 milliards) issus de filières douteuses, se rendant ainsi indirectement complice de la traite des êtres humains. « Il faut responsabiliser nos entreprises, insiste la syndicaliste, les pousser à s’assurer que leurs chaînes d’approvisionnent respectent les droits des travailleurs. La France est en train de légiférer en ce sens. D’autres pays, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, se préparent à faire de même, on voit qu’on avance. »

Mais pas assez vite selon la Walk Free Foundation : malgré leurs obligations, douze pays du G20 regroupant la plupart des pays développés et émergents n’ont toujours pas adopté de loi qui pénalise les entreprises qui s’approvisionnent en marchandises issues du travail forcé.

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Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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