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La Justice climatique… à l’épreuve des négociations

POINT SUD, les études du CNCD-11.11.11 // n°4

Introduction

La Conférence pour le climat de Durban est un moment politique clef de la Campagne pour la justice climatique que mène le CNCD-11.11.11 et ses organsiations membres. Afin de cerner les enjeux, le CNCD-11.11.11 publie une nouvelle étude ’Point Sud’ à la veille de de la conférence des Nations Unies en Afrique du Sud.

Véronique Rigot et Nicolas Van Nuffel se sont penchés pour ce 4e numéro sur le concept de Justice climatique et sur sa mise à l’épreuve internationale. Faire aboutir une négociation à 195 parties qui touche à des intérêts multiples à long terme relève certes d’un véritable tour de force. Pourtant, c’est une nécessité, pour le climat et pour la justice sociale, d’avoir un accord international juste, ambitieux et contraignant pour réguler le climat à la suite du Protocole de Kyoto à partir de 2013. Durban est une étape importante de ce processus, comme le souligne la plateforme Justice Climatique.

Résumé

Les négociations internationales sur le climat progressent extrêmement lentement. C’est un luxe que la communauté internationale se permet, un luxe qui contraste avec les réalités des changements climatiques, surtout dans les pays en développement, insoutenables.

Comme le démontre le groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) dans son dernier rapport spécial, il y a une injustice climatique fondamentale. La première partie de la présente étude développe ce concept de justice climatique. S’appuyant sur le constat du réchauffement global, qui ne fait aujourd’hui plus de doute, elle s’intéresse aux causes profondes du phénomène, aux effets du réchauffement et explore l’épineuse question de la définition de la vulnérabilité. La conclusion est sans appel : aujourd’hui, c’est globalement le Sud qui paie la facture climatique. Les premières victimes des changements climatiques ont déjà un visage : ce sont les populations des pays du Sud et les personnes précarisées dans les pays du Nord.

En effet, les pays situés entre les tropiques sont ceux qui subissent les principales conséquences négatives des changements climatiques : raréfaction des ressources en eau (qui pourraient toucher jusqu’à 250 millions de personnes supplémentaires), multiplication des catastrophes naturelles, diminution drastique de la productivité agricole, extension des zones de prévalence de maladies telles que le paludisme, etc., et conséquence directe ou indirecte de ces nombreux effets, explosion du nombre de personnes obligées de quitter leur lieu de vie à la recherche d’un espace habitable : l’Organisation internationale des migrations estime que le nombre de réfugiés climatiques pourrait atteindre 250 millions de personnes d’ici 2050.

Le réchauffement climatique est un phénomène global dont les conséquences sont et seront globales. Il met en évidence plus qu’aucun autre phénomène avant lui à quel point l’Humanité est confrontée à un sort commun. En d’autres mots, « nous sommes tous dans le même bateau ». Mais, comme à bord du Titanic il y a un siècle, nous savons désormais qu’être à bord du même bateau ne signifie pas être égaux face à la menace. Sur le navire « Terre », il y a des classes de voyageurs et, une fois de plus, ce sont les pays les plus pauvres qui se retrouvent en troisième classe. Le Nord n’est pas non plus épargné par le réchauffement global. D’une part, les personnes les plus précarisées sont aussi celles qui sont les plus exposées aux aléas du climat. D’autre part, le respect social sera crucial pour assurer la transition juste vers une société bas carbone dont nous avons besoin. Sans cela, il y a aura de nombreuses victimes collatérales de la lutte contre le réchauffement global parmi les travailleurs.

Face à ce défi, la nécessité de parvenir le plus rapidement possible à un accord juste, ambitieux et contraignant fait figure de poncif. Pourtant, si presque tous les dirigeants de la planète affirment leur volonté de parvenir à un accord, il faut bien constater que les négociations peinent à aboutir à la définition de l’après-Kyoto.

La seconde partie de l’étude démontre combien ce concept de justice climatique, par ailleurs reconnu dans la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques par la nécessité d’efforts de financement de la communauté internationale envers les plus vulnérables, est rudement mis à l’épreuve des négociations climat. Après un bref aperçu historique des négociations, nous revenons sur l’échec de Copenhague et la stratégie qui a permis à Cancún de donner le sentiment de rétablir la confiance dans le processus des négociations et dans la logique multilatéraliste des Nations Unies.

Il est peu vraisemblable qu’on atteigne à la COP17 de Durban, en Afrique du Sud, un accord final sur le climat qui soit juste, contraignant et ambitieux, conforme au principe de responsabilité commune mais différenciée et tel que les mouvements sociaux du monde entier le réclament depuis Bali. Ceci n’enlève rien à l’importance de la conférence de Durban, car l’architecture de base de l’accord a été fondée dans les accords de Cancún en 2010, et la communauté internationale doit maintenant se prononcer sur la suite à donner au Protocole de Kyoto, car l’échéance approche à grands pas. En outre, elle devra relever ses ambitions en matière de lutte contre le réchauffement global, tant en termes d’émissions de gaz à effet de serre que de financements. Tel est l’enjeu à Durban, pour sauver le climat et réparer l’injustice climatique fondamentale selon laquelle les plus vulnérables subissent de plein fouet les effets du réchauffement global.

La conférence sera un test de la capacité des Etats à prendre ensemble des décisions dans un contexte international en plein bouleversement. Un test pour les relations Nord-Sud. A ce titre, l’Union européenne devra confirmer son leadership au sein des négociations. Cela nécessite de sa part non seulement de parvenir à parler d’une seule voix, mais aussi d’affirmer des objectifs ambitieux et de tirer les autres parties vers plus de courage politique. Comment en effet interpréter l’incapacité du Conseil à décider d’augmenter les objectifs de diminution des gaz à effet de serre à 30% et ce, alors que tout montre que cette décision aurait un impact positif sur l’innovation et, partant, sur notre économie ?

Notre équipe de négociateurs a montré l’année dernière, dans le cadre de la Présidence belge, sa capacité à faire avancer les ambitions de ses partenaires lorsqu’elle est mise dans le rôle du facilitateur. Au niveau politique, il est donc temps de dépasser les clivages entre partis, entre régions et gouvernement fédéral, pour mettre la Belgique au service du collectif. C’est la demande des mouvements Nord-Sud, des environnementalistes et des syndicats qui se sont réunis depuis début 2011 pour ensemble, porter un message commun à nos décideurs belges et européens. Le memorandum de la Plateforme Justice Climatique est ainsi présenté à la fin de la présente étude.

Cancún a été l’occasion de rétablir la confiance entre les Etats dans la négociation. Durban devra confirmer cette voie, car la confiance reste fragile. Mais c’est aussi le moment de rétablir la confiance de la population dans la capacité des Etats et, partant, du monde politique, à prendre des décisions au bénéfice du plus grand nombre, même si cela signifie heurter les intérêts de quelques-uns.

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