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L’aide au développement, une ressource cruciale pour réaliser les Objectifs de développement durable

Antoinette Van Haute Antoinette Van Haute 16 janvier 2019

Au niveau international comme au niveau belge, la quantité d’aide est toujours insuffisante et utilisée pour des objectifs de plus en plus larges, dont la mobilisation d’autres flux financiers qui ne bénéficient généralement pas aux pays les plus pauvres. C’est un des constats qui émane du nouveau rapport sur l’aide au développement, Reality of Aid. Décryptage des tendances internationales d’une ressource cruciale pour contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable.

Premier constat : la réforme inquiète

Sorti cette semaine, le rapport international 2018 de Reality of Aid a pour titre « Les nouveaux visages de l’aide et de la coopération au développement ». Ce rapport de 444 pages comprend plusieurs contributions de membres de la société civile du Nord comme du Sud, qui examinent les nouvelles tendances de l’aide publique au développement (APD) au niveau mondial. Avec un constat partagé : la réforme actuelle de la définition et des objectifs de l’APD risque de saper la contribution unique que cette dernière peut apporter à l’éradication de la pauvreté et des inégalités dans les pays en développement.

En effet, le rapport souligne que l’APD est une ressource publique unique et cruciale pour les Objectifs de développement durable (ODD), car elle peut être délibérément programmée comme un catalyseur pour réduire la pauvreté et les inégalités. D’autres flux de ressources peuvent être importants pour les ODD mais, de par leur nature, ils sont souvent motivés par d’autres objectifs. La pertinence de l’APD ne tient pas à sa capacité de mobiliser d’autres flux, mais à sa volonté première de transformer les conditions de vie des personnes touchées par la pauvreté, la marginalisation et la discrimination et de veiller à ce qu’elles ne soient pas laissées de côté – pour reprendre les mots de l’Agenda 2030 pour le développement durable.

« L’importance de l’APD n’est pas déterminée par sa capacité à se combiner avec d’autres ressources pour le développement, aussi importantes soient-elles. Sa légitimité découle plutôt de sa cohérence maximale avec les efforts visant à transformer les conditions de vie et à améliorer les chances des personnes touchées par la pauvreté, la marginalisation et la discrimination. » [Extrait du rapport, traduit en français]

Second constat : l’aide actuelle est insuffisante

Malheureusement, le rapport souligne également que la quantité actuelle de l’APD est terriblement insuffisante. L’APD réelle serait passée de 102,7 à 125,5 milliards de dollars US entre 2013 et 2017. Elle n’aurait augmenté que de 3% de 2016 à 2017. Or, si les pays donateurs avaient atteint l’objectif international de contribuer 0,7% du RNB à l’APD, ce sont 325 milliards de dollars US – soit trois fois le niveau de 2017 – qui auraient pu être utilisés pour financer les ODD dans le monde.

Toujours selon le rapport, de plus en plus de gouvernements tiennent un même discours selon lequel il faut aller « au-delà de l’aide » pour financer les ODD en mobilisant un éventail plus large de ressources, dont des ressources non-concessionnelles. En effet, de nombreux pays donateurs se concentrent maintenant sur les opportunités présentées par une diversité de modalités de financement disponibles pour les pays en développement, y compris les flux financiers privés. Parallèlement, l’APD est considérée comme une ressource de moins en moins importante et pertinente en tant que telle, mais est utilisée de plus en plus pour des objectifs politiques plus larges, tels le financement climatique, la sécurité, la gestion des migrations ou la conclusion de partenariats public-privé dans le développement des infrastructures.

Troisième constat : le point de vue des pays partenaires est négligé

Troisième triste constat : l’importance de l’appropriation démocratique des priorités de développement des pays partenaires est régulièrement sous-estimée, alors qu’elle constitue le principe premier pour guider une coopération au développement efficace, tel qu’établi dans la Déclaration de Paris de 2005 et de Busan de 2011. Le rapport s’interroge donc sur la question de savoir si la communauté internationale respecte réellement ses engagements en matière d’efficacité de l’aide et du développement, dans un contexte où elle utilise l’APD de plus en plus pour soutenir ses propres objectifs de politique étrangère.

La Belgique n’est pas en reste

Un article spécifique du rapport est consacré à la Belgique, où des tendances similaires sont révélées. L’APD belge a en effet diminué ces dernières années pour ne représenter que 0.45% du RNB en 2017, par rapport à 0.64% en 2010. L’OCDE a même prédit que ce chiffre chuterait encore à 0.38% en 2019, le financement de la coopération au développement étant loin d’être une priorité pour la Belgique.

La Belgique utilise elle aussi son APD pour un éventail de plus en plus large de domaines, dont le financement climatique, ou la mobilisation de financements privés via les humanitarian impact bonds. Ces derniers n’auraient pas encore fait leur preuve, et une évaluation indépendante et approfondie devrait permettre de déterminer si de telles initiatives participent avant tout à une réduction de la pauvreté et les inégalités dans le monde, ou pas.

Des alternatives existent

Au niveau belge comme au niveau international, les alternatives existent. Les auteurs du rapport, tant des pays développés que des pays en développement, reconnaissent que les visions traditionnelles de l’aide sont désuètes, et que cette dernière doit être réformée en profondeur. Une APD réformée constituerait en effet une ressource importante pour catalyser l’action en faveur d’un développement plus équitable et durable. Selon eux, les pays donateurs peuvent, et devraient, choisir de consacrer l’aide exclusivement à la réduction de la pauvreté et des inégalités. Pour les pays les moins avancés et des pays à revenu intermédiaire qui conservent de grandes poches de pauvreté, la concessionnalité de l’APD est cruciale, car elle permet de renforcer, à partir de faibles niveaux de recettes, leurs propres capacités de financement de leur développement.

Les auteurs rappellent également l’obligation morale, sinon légale, des pays donateurs de contribuer à hauteur d’au moins 0,7% de leur RNB à l’aide au développement.

« L’APD sera nécessaire en quantités considérablement accrues et avec une efficacité nettement améliorée au cours des prochaines décennies. Bien qu’elle ne soit peut-être jamais la ressource la plus importante pour le financement du développement, l’APD peut être, et doit être, une composante essentielle de l’élimination de la pauvreté. Ce renouveau est essentiel si la communauté mondiale veut avoir une chance de renverser la triple crise des inégalités incontrôlables, des menaces à la survie planétaire et des attaques croissantes contre la démocratie. »

Le rapport présente finalement dix domaines d’orientation future et des recommandations pour assurer que l’aide au développement soit fondée sur la solidarité, les droits humains, la réduction de la pauvreté et la lutte contre les inégalités. L’aide des pays donateurs comme la Belgique doit être réformée, certes, mais elle doit également être sérieusement accrue et garder comme objectif premier la réduction de la pauvreté et des inégalités, au cœur de l’agenda 2030 du développement durable des Nations Unies.

Recommandations pour la Belgique

Il est donc grand temps d’inverser la tendance et de revaloriser l’aide belge au développement, afin d’atteindre au plus vite – et certainement au cours de la prochaine législature – l’objectif international de 0,7% du RNB. L’avènement d’un nouveau gouvernement après les élections de 2019 constitue une opportunité unique d’adopter un plan de croissance de l’APD. En augmentant l’APD chaque année ne fût-ce que de 0,055% du RNB, la Belgique atteindrait en 2023 l’objectif des 0,7%. Elle pourrait ainsi mobiliser, en l’espace de cinq années seulement, plus de 4 milliards EUR supplémentaires pour le développement des pays les plus pauvres. Mieux encore : si la Belgique parvenait à mobiliser 0,7% du RNB pour son aide au développement dès 2020, elle pourrait mobiliser près de 6 milliards EUR supplémentaires durant la même période [1].

Reality of Aid 2018 Report

Reality of Aid 2018 Report

  • Mise en ligne : 16-01-19
  • |
  • PDF - 3.7 Mo
  • The Changing Faces of Development Aid and Cooperation : Encouraging Global Justice or Buttressing Inequalities ?

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