×

L’agroforesterie, pour lutter contre la déforestation et la pauvreté

Sabine Kakunga Sabine Kakunga 16 juillet 2013

Développement économique et social et défense de l’environnement sont souvent mis en opposition. Au Congo, un programme de promotion de l’agroforesterie permet de les réconcilier.

En République démocratique du Congo, la forêt s’étend sur 128 millions d’hectares. C’est presque 60% du territoire national, la moitié du total des forêts africaines et 10% des forêts mondiales. La conservation de ce poumon vert est donc capitale pour l’environnement. Elle l’est aussi pour la population puisque plus de la moitié de ses 75 millions d’âmes en dépendent pour vivre. Mais la déforestation est comme ailleurs un mal endémique. Les principaux responsables en sont l’exploitation artisanale et industrielle du bois, l’utilisation de bois énergie (carbonisation, bois de chauffe...) [1], et le modèle d’agriculture sur brûlis pratiquée par les paysans.

Plus de 70% de la population congolaise vit en milieu rural et pratique une agriculture de subsistance. Les agriculteurs sont essentiellement de petits exploitants n’ayant jamais reçu de formation, qui appliquent des techniques rudimentaires. Les intrants agricoles sont peu utilisés et la productivité est faible. Seules 10% des terres arables disponibles sont mises en valeur. Le secteur accuse en plus des difficultés de plusieurs ordres : l’accès au marché, l’écoulement des produits, la conservation et la production de semences, et une forte insécurité juridique en matière foncière [2].

L’agriculture sur brûlis en cause

L’agriculture extensive sur brûlis est la pratique la plus répandue : les champs sont d’abord défrichés par le feu, cultivés ensuite pendant une période brève pour être enfin mis en jachère. Le faible rendement et la pauvreté conduisent les paysans à exploiter la totalité du bois sur leurs parcelles et à cultiver ensuite sur des jachères très courtes, qui ne permettent pas de renouveler durablement la fertilité du sol. Quand la structure du sol est détruite, les rendements agricoles baissent rapidement. Et comme la majorité des paysans n’a pas les moyens d’investir pour améliorer le système de production, ceux-ci doivent se déplacer et défricher une nouvelle partie de forêt, ou abandonner leur activité et migrer en ville pour y peupler les bidonvilles.

L’agroforesterie comme alternative

Sous la pression d’une demande croissante des villes en produits vivriers et en bois énergie, on assiste depuis de nombreuses années à la transformation de forêts en savanes. Ce constat a mené des associations locales à promouvoir l’agroforesterie, un mode d’exploitation de terres agricoles associant des plantations d’arbres dans des cultures ou des pâturages. L’ONG belge Service laïque de coopération au développement (SLCD) en a fait un de ses crédos. Elle collabore avec deux organisations congolaises : GI­Agro à Ibi sur le plateau des Batéké (province de Kinshasa) et ADIKIS-Terroir dans la périphérie de Kisangani (province orientale). Leur action, soutenue par l’Opération 11.11.11 depuis 2011, vise à faire évoluer l’agriculture traditionnelle sur brûlis vers la mise en pratique de l’agroforesterie dans un système intégré. Celle-ci est associée à des cultures pérennes, à l’élevage et/ou à la pisciculture, afin de rendre les systèmes de production plus performants, d’augmenter les productions et in fine les revenus des populations rurales. La pratique de l’agroforesterie et l’amélioration des ressources des ménages permettent de renverser la tendance et de diminuer la pression sur le massif forestier.

Des résultats sur le terrain

En 2012, GI-Agro a appuyé une centaine de ménages. Les premières récoltes de manioc ont été réalisées avec succès sur de nouvelles parcelles. Des unités de transformation ont été implantées dans un village pilote permettant aux ménages de vendre leur production à un meilleur prix. Elle diffuse également auprès des 1200 habitants de 10 hameaux les techniques agroforestières, respectueuses de l’environnement. L’ONG donne une place importante à l’éducation de base (école primaire et secondaire pour les enfants, internats, crèche, formation pour les femmes en alphabétisation et commercialisation des produits du terroir sous forme de coopérative), à la santé avec le dispensaire qu’elle a bâti dans le village (permettant les soins quotidiens, les accouchements, la vaccination des enfants) et au développement culturel (troupe de théâtre, danseurs, musiciens).

A l’est du pays, dans la province orientale, ADIKIS-Terroir encadre et forme des ménages d’agriculteurs. En 2012, l’agroforesterie a été implantée auprès de 34 ménages sous forme de champs communautaires. A Uma, le champ communautaire est orienté vers la fourniture de semences de riz de qualité. A Batiamaduka, la parcelle est occupée par des cultures de manioc et d’acacia et sert de champs de démonstration pour sensibiliser les agriculteurs à l’intérêt de la démarche (fertilisation des sols et obtention rapide de bois).

Comme en témoigne le programme, il est possible de mener de front une action visant, d’une part, à améliorer le niveau de vie des paysans et, d’autre part, à protéger l’environnement. Ce programme symbolise à lui seul le lien fondamental entre le modèle agricole et la lutte contre les changements climatiques.

[1La demande en bois comme source d’énergie est très forte. En 2008, 95% de l’approvisionnement national provenait de la biomasse végétale et seulement 3 % de l’électricité.

[280% des conflits qui se règlent devant la justice congolaise sont de nature foncière.

Source : article à paraître dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°21, septembre-octobre 2013.

Inscrivez-vous à notre Newsletter