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L’agriculture « intelligente face au climat », un piège de plus !

Stéphane Desgain Stéphane Desgain 1er décembre 2015

Pourrons-nous nourrir, demain, 9 milliards de personnes sur terre ? Pourrons-nous éviter la catastrophe du changement climatique ? Certains promeuvent l’agriculture intelligente face au climat" comme solution. Un piège, selon Stéphane Desgain, chargé de Souveraineté alimentaire au CNCD-11.11.11. Comme tous les pièges, celui-ci vous attire avec des idées positives et des solutions aux questions angoissantes.

Le titre de l’initiative « agriculture intelligente face au climat » semble parfait. Mais cette initiative, portée par la FAO et la Banque mondiale depuis septembre 2014, est le fruit du lobbying de l’agro-industrie et elle cache mal ses véritables intentions. Si elle parle d’augmenter les rendements d’une agriculture « intelligente », elle propose surtout d’utiliser les engrais chimiques et les méthodes de l’agriculture industrielle (herbicide, monoculture, OGM). Ce sont justement les méthodes les moins « intelligentes » que l’agronomie a produites dans l’histoire. Contradictoire ? Pas vraiment : plus 40% des membres de l’alliance internationale qui soutiennent l’agriculture « climato-intelligente » sont des entreprises productrices d’engrais chimiques. Ce à quoi il faut ajouter entre autres Monsanto, Walmart et McDonalds.

Le programme ne définit pas ce que serait cette « agriculture intelligente », ce qui permet d’y inclure le pire comme le meilleur. Les promoteurs de cette initiative vous parleront même d’agroécologie si vous leur rappelez que les engrais chimiques détruisent la fertilité des sols, nécessitent énormément d’énergie fossile pour leur production et que leur épandage dégage des gaz à effet de serre plusieurs centaines de fois plus néfaste pour le réchauffement climatique que le CO2.

Ne nous laissons donc pas leurrer comme le demandent 365 organisations de la société civile qui ont envoyé des lettres de mise en garde aux responsables politiques partout dans le monde. L’enjeu est de taille, il s’agit une fois de plus de permettre ou d’empêcher les pires entreprises de l’agrobusiness de mettre la main sur des budgets publics. Ces budgets des agences internationales et des Etats devraient au contraire aller vers les organisations paysannes et vers l’agroécologie
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Prétendre que les budgets doivent être ouverts à tous les projets « intelligents face au climat » sans interdire les accaparements de terres, les OGM, les monocultures, les engrais et pesticides chimiques, c’est donner la possibilité aux plus grosses multinationales de rafler la mise parce qu’aucun paysan ne pourra en réalité accéder à ces financements, même si son agriculture paysanne et locale est la meilleure agriculture pour assurer la sécurité alimentaire de sa région et refroidir le climat.

Déjà, le Fond international de développement agricole (IFAD, sigles en anglais) et la Banque mondiale ont annoncé que 100% de leurs portefeuilles d’investissement dans l’agriculture – environ 11 milliards de dollars – seraient « intelligents face au climat » d’ici 2018. Les entreprises cachées derrière l’agriculture « intelligente face au climat » espèrent également arriver à mettre la main sur une partie du Fonds vert pour le climat à l’occasion de la COP21 de Paris. Soyons donc attentifs.

Source : Expérience Climat, La Première, 18 novembre 2015.