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Israël expulse le représentant d’Human Rights Watch. Qui sera le suivant ?

Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée 25 novembre 2019

Ce lundi 25 novembre, Israël expulse Omar Shakir, le directeur local de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch. Cette décision illustre le climat de plus en plus répressif dans lequel évolue la société civile en Israël et en Palestine.

Après des mois de bataille judiciaire, la Cour suprême israélienne a confirmé le 5 novembre dernier, la décision du gouvernement israélien d’expulser Omar Shakir pour son soutien présumé au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Le plaidoyer mené par Human Rights Watch s’en tient pourtant à critiquer la politique de colonisation israélienne et à encourager les entreprises à se défaire de tout lien économiques avec les colonies. Mais la Cour a jugé que l’opposition de Shakir à la politique du gouvernement israélien concernant les colonies « exprimait la négation de la légitimité de l’Etat ». L’expulsion d’Omar Shakir dépasse de loin son cas personnel, ou même le travail de Human Rights Watch. Elle aura des conséquences pour toute voix critique de la politique israélienne, même si cette politique viole ouvertement le droit international.

La Belgique et l’Union européenne ont pour politique de soutenir la société civile, et ce partout dans le monde. Le cas d’Omar Shakir a été suivi de près par les services diplomatiques belges, ainsi que par l’UE et d’autres Etats membres. A une question posée à ce sujet au Parlement le 12 novembre dernier, le Ministre Reynders répondait que la Belgique s’opposait à l’exclusion de Shakir et que le suivi belge de ce cas « témoigne de l’importance que la Belgique accorde au dialogue avec la société civile. Le travail de celle-ci, que ce soit en Israël, sur le territoire palestinien ou sous d’autres latitudes, contribue à un environnement propice à la paix et au respect des droits de l’homme. Le dynamisme et la pluralité de la société civile participent d’une société démocratique et ouverte. Il est essentiel qu’elle puisse accomplir son travail sans entrave ». La Haute représentante de l’UE Federica Mogherini a quant à elle déclaré : « L’UE soutient fermement la protection de la liberté d’expression et de la liberté d’association, et demande au gouvernement israélien de revenir sur sa décision concernant le retrait du visa de travail d’Omar Shakir ». Israël est néanmoins resté sourd aux appels européens.

Le cas d’Omar Shakir met en lumière l’espace de plus en plus restreint laissé à la société civile en Israël et en Palestine. Il apparait en effet comme un cas parmi de nombreuses autres attaques contre les organisations de défense des droits humains en Israël, en Palestine, mais aussi contre celles et ceux qui les soutiennent ici en Europe. Le gouvernement israélien, et les organisations nationalistes qui le soutiennent, s’emploient à les faire taire et à tarir les financements internationaux des organisations israéliennes et palestiniennes qui critiquent l’occupation et la colonisation.

Face à ces développements récents, qui vont de pair avec une accélération sans précédent de la colonisation et des annonces de plus en plus crédibles d’annexion du territoire palestinien, la Belgique et l’Union européenne doivent dépasser la diplomatie déclaratoire, qui visiblement n’a pas d’effet sur Israël.

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