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Faim dans le monde : plus on avance, plus on recule

11 septembre 2018

Nouvelle augmentation de la faim dans le monde : il est urgent de transformer le modèle agro-alimentaire.

En 2015, la Communauté internationale a adopté les objectifs de développement durable (ODD), dont le deuxième objectif #FaimZéro s’engageant d’ici 2030 à éliminer la faim et faire en sorte que chacun ait accès tout au long de l’année à une alimentation saine, nutritive et suffisante. Malgré une production alimentaire largement suffisante pour nourrir la planète, depuis l’adoption des ODD, la faim augmente. Le nouveau rapport sur l’État de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde, publié le 11 septembre par 5 agences des Nations-Unies, révèle une nouvelle augmentation de la faim. De 777 millions de personnes en situation de sous-alimentation chronique en 2015, nous sommes passés à 804 millions en 2016 et 821 millions en 2017.

De 777 millions de personnes en situation de sous-alimentation chronique en 2015, nous sommes passés à 804 millions en 2016 et 821 millions en 2017.

De plus, les agences des Nations Unies s’inquiètent de l’importante augmentation de l’obésité qui touche aujourd’hui plus d’un adulte sur 8 à travers le monde (18,6 % de la population en Belgique). Et le rapport souligne que la faim et l’obésité coexistent dans de nombreux pays, touchant en premier lieu les familles les plus pauvres, qui sont soit confrontées à la faim ou car elles sont les plus exposées à une nourriture de mauvaise qualité, à forte densité énergétique et pauvre en nutriments.

Conflits et changements climatiques

Le nouveau rapport identifie deux raisons principales à la recrudescence de l’insécurité alimentaire : L’augmentation des conflits depuis 2010 et les effets du changement climatique. Ces deux facteurs détruisent les systèmes alimentaires locaux et augmentent la vulnérabilité des populations. Mais s’il pointe ces causes importantes de malnutrition, le rapport ne met pas en cause un système alimentaire mondial qui ne répond pas à sa fonction de nourrir chacun d’entre nous, tout en prenant soin de notre planète.

Changer de modèle

Pour la Coalition contre la faim, qui regroupe 22 ONG belges, cette situation n’est pas une fatalité. Si on veut atteindre les ODD et réaliser le droit à l’alimentation et à la nutrition pour tou.te.s il est urgent de changer de modèle. Le modèle alimentaire industriel dominant, qui crée de la pauvreté, est aussi le principal responsable des émissions de gaz à effet de serre et de la destruction de la biodiversité. Il accapare les terres et l’eau dont les communautés rurales dépendent pour leurs conditions de vie, contribuant aux conflits. Face à ce modèle, contrôlé par une poignée de multinationales, il y a plus de 570 million de fermes familiales, produisant plus de 80 % des nourritures dans le monde [1]. Pourtant, nombreux sont les paysans et leurs familles, qui ne peuvent vivre dignement de leur activité. Rappelons que 70 % de ceux qui ont faim, vivent de l’agriculture !

Rappelons que 70 % de ceux qui ont faim, vivent de l’agriculture !

Changer de modèle, c’est opérer une transition vers des systèmes agroécologiques et vers la souveraineté alimentaire ; c’est soutenir l’agriculture familiale et renforcer les droits des paysan.ne.s ; et mieux réguler les entreprises multinationales pour mettre fin aux abus.

Quelques initiatives vont dans le bon sens au niveau international. Les Nations Unies ont décrété une décennie de l’agriculture familiale (2019-2028) ; le Conseil des droits de l’Homme est en voie de finaliser une Déclaration sur les droits des paysan.ne.s ; et l’agroécologie commence à s’imposer au sein de la FAO comme le meilleur modèle pour lutter contre la faim, réduire la pauvreté rurale et répondre aux défis du changement climatique.

Et la Belgique dans tout ça ?

Face aux enjeux, la Belgique manque d’ambition. Les ONG membres de la Coalition contre la Faim ont dénoncé les orientations de la coopération belge en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire adoptée par le Ministre De Croo l’année dernière. Ces orientations se détournent du soutien à l’agriculture familiale durable et des populations en insécurité alimentaire pour privilégier l’appui au secteur privé et aux nouvelles technologies comme nouveau paradigme de coopération. La Belgique se montre également frileuse à l’adoption de la nouvelle Déclaration sur les droits des paysan.ne.s, dont le vote final aura lieu au Conseil des droits de l’Homme le 27 septembre prochain. Le rapport des Nations-Unies nous rappelle l’impératif de changer de cap pour réaliser le droit à l’alimentation pour tou.te.s. Nous invitons le gouvernement à y participer.

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