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Face aux révolutions arabes, le business as usual européen

Michel Cermak Michel Cermak
15 avril 2013
« Les démocraties naissantes doivent être protégées des ingérences, tout comme les industries naissantes doivent être protégées de la concurrence internationale » [1]

«  De 1998 à 2010, la Tunisie a progressivement démantelé les barrières tarifaires aux importations européennes. Au cours de cette période, 130 000 entreprises, soit 1/3 du tissu économique tunisien, ont fermé leurs portes en Tunisie. Le taux de chômage a grimpé jusqu’à 18,3% aujourd’hui, 25,6% parmi les femmes, plus de 30% hors des grandes villes et jusque 51% dans certaines régions. La concurrence accrue des importations européennes n’y est certainement pas étrangère » selon Sami Aouadi, conseiller économique de l’UGTT, principal syndicat tunisien. Il poursuit : « Avant 1998, les recettes de l’Etat tunisien provenaient pour 30% des taxes sur les importations. L’accord d’association avec l’Union européenne a démantelé ces taxes. Aujourd’hui, ce n’est pas un hasard si 30% du budget de l’Etat est financé par des dettes extérieures, qui sont accompagnées de lourdes conditionnalités de politique économique. Et l’impact annoncé sur la baisse des prix à la consommation n’a pas été concrétisé, notamment du fait de l’augmentation de la TVA. Avant de négocier un nouvel accord ‘approfondi’, il faut remettre en question cet accord ancien signé par l’UE avec le régime de Ben Ali, qui était à l’époque rejeté autant par les travailleurs que par le patronat tunisiens.  ».

À sa gauche, Heba Khalil, du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, ajoute : « Notre organisation a obtenu en justice l’annulation de 8 privatisations d’entreprises publiques, réclamées par les travailleurs. Mais ces sentences n’ont jamais été mises en application à cause des craintes du gouvernement face à la menace d’être traînées devant des cours d’arbitrage internationales par les investisseurs privés impliqués. C’est ce type de pouvoirs démesurés offerts aux investisseurs européens que l’UE cherche à renforcer et généraliser dans le futur accord de commerce et d’investissement avec l’Egypte. ».

C’est ce qu’on retiendra de l’atelier organisé au Forum social mondial (FSM) qui se tenait fin mars 2013 à Tunis, co-organisé par le CNCD-11.11.11 et des organisations citoyennes et syndicales locales et internationales, intitulé « Accords commerciaux et les investissements de l’UE avec les pays arabes : conséquences sur l’espace politique nécessaire pour repenser les politiques de développement  ».

Suite aux « Printemps arabe » et dans le cadre du Forum social mondial de Tunis, le CNCD-11.11.11 vient de publier une étude sur les accords commerciaux et d’investissement de l’UE avec les pays arabes.

S’agit-il d’une aide européenne bienvenue aux nouvelles démocraties arabes ou d’une façon d’enfermer ces nouvelles démocraties dans une politique économique au service des grandes entreprises européennes, aux dépens des travailleurs et citoyens des deux rives de la méditerranée ? L’étude se penche sur les impacts des mesures déjà mises en place par les « accords d’associations » signés depuis 1995, et sur les impacts possibles des mesures additionnelles que l’UE veut ajouter, dans de nouveaux accords « approfondis et complets ».

[1Inspiré d’une conversation avec un marchand rencontré dans la Médina de Tunis.

[2Inspiré d’une conversation avec un marchand rencontré dans la Médina de Tunis.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
]

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