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Expulsion d’Omar Shakir (HRW) : une nouvelle attaque contre la société civile en Israël

19 avril 2019

Le 16 avril 2019, un tribunal israélien a décidé d’expulser Omar Shakir, directeur du bureau Israël/Palestine de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW). Cette décision crée un dangereux précédent pour les défenseurs des droits humains et reflète la réduction rapide de l’espace de la société civile en Israël.

Un tribunal israélien a confirmé une décision prise en mai 2018 par le ministère israélien de l’Intérieur d’annuler le visa de travail d’Omar Shakir. La déportation de Shakir a lieu en raison de ses appels présumés à un « boycott » d’Israël. La cour invoque la loi israélienne de 2017 qui criminalise tout appel au boycott d’Israël ou des colonies israéliennes.

Or HRW ne soutient pas le boycott et ne demande aux entreprises que de se retirer des colonies israéliennes situées dans le territoire palestinien occupé, en respect du droit international. Pour rappel, les colonies sont considérées comme des crimes de guerre par le Statut du Rome. Elles rendent par ailleurs impossible tout développement économique durable en Palestine.

Comme Human Rights Watch, le CNCD-11.11.11 n’appelle pas au boycott mais demande le renforcement d’une « politique de différenciation » européenne à l’égard des colonies israéliennes, c’est-à-dire leur exclusion systématique des relations économiques avec Israël. Le CNCD-11.11.11 rappelle toutefois que l’appel au BDS - Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) – ne peut en aucun cas être criminalisée, étant une forme légitime de résistance pacifique qui relève du droit de chacun à la liberté d’expression.

Sur les traces de la Russie et de la Turquie

La décision d’expulser Shakir constitue un dangereux précédent pour le travail des organisations locales et internationales de défense des droits humains en Israël et en Palestine. Elle s’inscrit également dans un phénomène plus large de rétrécissement de l’espace de la société civile en Israël et en Palestine, où les défenseurs des droits humains, les activistes et les organisations de la société civile sont diabolisés, criminalisés et persécutés.

Israël suit de plus en plus les traces des « démocraties illibérales » comme la Russie, la Turquie et la Hongrie. Ces dernières années, le parlement israélien a adopté diverses lois antidémocratiques qui empêchent les organisations de la société civile et de défense des droits humains de faire leur travail.

Les organisations locales de défense des droits humains et les militants sont considérés comme des « ennemis de l’Etat », des « collaborateurs » et des « cinquièmes colonnes ». Des mesures ont ainsi été prises par le gouvernement israélien pour leur couper les vivres. Le ministère israélien des Affaires stratégiques travaille également en étroite collaboration avec des organisations de la société civile nationalistes et conservatrices commeIm Tirtzu et NGO Monitor, qui ont lancé ces dernières années une chasse aux sorcières sans précédent contre les ONG et certains militants. Des militants individuels sont également régulièrement agressés physiquement et menacés.

Dans le territoire palestinien occupé, des défenseurs de droits humains sont poursuivis en justice. L’espace démocratique y est également soumis à de fortes pressions que ce soit par l’armée israélienne ou par des dérives de plus en plus autoritaires de l’Autorité palestinienne (AP) et du Hamas. En 2017, l’AP a adopté une nouvelle loi sur la cybercriminalité qu’elle utilise pour criminaliser toute critique en ligne. Ces développements récents rendent le travail des organisations locales ainsi que leur accès à des sources de financement de plus en plus difficiles. Les forces de sécurité de l’AP et du Hamas arrêtent, agressent et torturent également des manifestants pacifiques et des journalistes, que ce soit en Cisjordanie ou à Gaza.

Le CNCD-11.11.11 appelle le gouvernement belge à demander au gouvernement israélien de ne pas déporter Omar Shakir. Nous appelons également la Belgique à exprimer sa préoccupation face aux attaques récurrentes et au rétrécissement drastique de l’espace de la société civile en Israël et en Palestine, et à prendre des mesures concrètes afin de sauvegarder cet espace.

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