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Élections en RDC : une alternance historique contestée

Antoinette Van Haute Antoinette Van Haute 10 janvier 2019

Selon les résultats provisoires de la commission électorale congolaise, le futur président de RDC devrait être l’opposant Félix Tshisekedi. Il s’agit dès lors de la première alternance présidentielle issue des urnes depuis l’indépendance du pays. Plusieurs voix contestent néanmoins l’authenticité des résultats annoncés. La société civile congolaise appelle quant à elle à la non-violence et nous livre une leçon d’humilité.

Avec trois jours de retard, la Commission électorale nationale congolaise (CENI) a annoncé les résultats provisoires de l’élection présidentielle en RDC dans la nuit du 9 au 10 janvier. Avec 38,57% des voix, c’est Félix Tshisekedi, leader du parti d’opposition UDPS, qui devrait succéder à Joseph Kabila et devenir le futur président du pays. Selon les chiffres annoncés par la CENI, l’opposant Martin Fayulu de la coalition « Lamuka » arriverait deuxième avec 34,8% des voix, suivi du candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary, avec 23,8% des voix.

Ces résultats sont certes provisoires, et des recours devant la Cour constitutionnelle sont possibles. Martin Fayulu a d’ailleurs déjà contesté les résultats annoncés par la CENI, dénonçant un « putsch électoral » dans une interview à Radio France Internationale. La CENCO affirme quant à elle que « les résultats de l’élection présidentielle tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation ». D’autres se réjouissent néanmoins d’une telle nouvelle, rappelant que la RDC vit un moment historique d’alternance démocratique.

Les élections se sont déroulées dans des conditions déplorables et les irrégularités ont été nombreuses le jour du scrutin. Ce contexte de suspicion a été exacerbé par la décision de la CENI, à quelques jours des élections, de reporter le vote dans quatre circonscriptions électorales à l’est du pays (soit plus de 1,2 million d’électeurs, alors que l’avance de Tshisekedi sur Fayalu n’est que d’un peu plus de 600.000 voix selon les résultats communiqués par la CENI). Des irrégularités ont également été signalées par la société civile et des observateurs lors du scrutin, qui avait déjà été retardé d’une semaine pour raisons techniques et n’a finalement recueilli qu’un taux de participation de moins de 50%. Reste donc à confirmer que cette victoire est bien conforme au suffrage des électeurs et à la vérité des urnes, afin de garantir la légitimité nécessaire au nouveau pouvoir. La question de la majorité parlementaire du nouveau président congolais est en outre posée.

Il revient maintenant aux différentes organisations qui ont participé à l’observation électorale le jour du scrutin, de mettre à disposition les procès verbaux et rapports de leur missions d’observation. Il ne s’agit pas uniquement de la CENCO ; mais aussi de Symocel, l’UA, la SADC, les partis politiques, l’OIF, sans compter les observateurs de la société civile, qui ont travaillé à l’observation électorale, parfois sans aucun financement.

Une partie de la société civile congolaise s’est déjà exprimée sur les résultats. Ainsi, la Nouvelle Société Civile congolaise (NSCC) « appelle aux restes des candidats à la présidence de la République à la sagesse, plus de responsabilité et à la courtoise électorale », mais aussi « à ne pas inciter à la violence et à recourir à toutes les voies légales de droit pour toute contestation des résultats provisoires publiés par la CENI ». De même, elle suggère au peuple congolais « de demeurer vigilants, pacifiques et de ne pas céder à la manipulation et verser dans la violence ».

De son côté, l’OSSD (Observatoire de la société civile pour le suivi du dialogue et de la transition démocratique) appelle « à des efforts collectifs pour renforcer la cohésion nationale. […] A défaut d’une reconnaissance de la défaite par les candidats déclarés perdants, l’OSSD encourage ces derniers à user de toutes les voies légales et de privilégier la Paix et la concorde nationale ».
En outre, le CLC (Comité laïc de coordination) a fait appel à l’Union africaine, appelant « à la sagesse de notre institution panafricaine et à son sens d’anticipation pour exiger des instances compétentes » congolaises « exclusivement la vérité des urnes ». « Il serait dommage d’évoluer vers des violences postélectorales aux conséquences imprévisibles pour l’ensemble de la sous-région ».
Des messages importants qui rappellent l’importance de la paix et de la démocratie au Congo.

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