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Venezuela

El Sistema, l’égalité des chances par la musique

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
23 août 2017

Imagine demain le monde - Créé au Venezuela, El Sistema (« Le Système ») est un vaste programme national d’éducation musicale qui touche plus de 400 000 personnes. Il est désormais appliqué dans 90 pays à travers le monde.

Il y a 40 ans, José Antonio Abreu, pianiste et économiste, décide de réunir une douzaine d’enfants dans un garage de Caracas pour leur apprendre la musique. Il veut alors stimuler leur talent artistique et les aider à s’épanouir et à vivre en société.

A l’époque (1975), le Venezuela accède à la prospérité grâce au pétrole. Dans la capitale, Caracas, on érige des bâtiments futuristes, on ouvre des musées et un opéra. L’heure est à l’innovation et à la créativité. José Antonio Abreu se met alors en tête de rassembler des enfants issus d’horizons divers dans un seul et même orchestre. Il baptise son projet « El Sistema », que l’on traduit généralement par « Le Système ». Même si d’aucuns préfèrent dire « Le Machin » pour traduire le côté spontané et un peu anarchique de l’initiative.

En 40 ans, ce « Machin » est devenu un gigantesque programme d’éducation populaire comptant plus de 400 000 participants et piloté par deux prestigieux orchestres philharmoniques nationaux.

Au Venezuela, les enfants apprennent la musique très tôt. A 2 ans, ils intègrent le nucleo, un cours de musique. Ils apprennent les rythmes, pratiquent un peu le chant et s’entraînent à prendre en main de faux instruments en carton.

 Le Simón Bolívar Youth Orchestra à Athènes en 2010  (Crédit : © gichristof (flickr) )

A 6 ans, lorsqu’ils reçoivent leur premier instrument, ils sont déjà familiarisés avec sa prise en main, sa taille et son poids. « Et les résultats sont assez incroyables, se réjouit Sarah Goldfarb, directrice de l’antenne belge d’El Sistema. Mais au Venezuela, l’école n’a lieu que le matin. Ce qui laisse tous les après-midis pour jouer. Avec 30 heures de cours par semaine, il est évidemment possible de réaliser des progrès spectaculaires.  »

Formé par El Sistema, le jeune prodige Gustavo Dudamel réalise aujourd’hui une grande carrière qui l’a conduit à diriger l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. Tout comme son collègue Edicson Ruiz, devenu contrebassiste au Philharmonique de Berlin. « Les apprentis musiciens d’El Sistema Venezuela arrivent à un niveau musical très élevé, constate Sarah. Ici, personne ne joue avec une telle fougue, une telle énergie. Et la réussite de ces musiciens rejaillit forcément sur la vie des jeunes et des quartiers.  »

Entre 1989 et 1993, lorsque son fondateur, José Antonio Abreu, est devenu ministre de la Culture, le projet a pris son envol. Et cinq ans plus tard, El Sistema a été érigé au rang de cause nationale par le président Chávez. Ce dernier va ainsi débloquer un budget important qui permettra de couvrir la location des nombreux locaux nécessaires aux chorales et aux orchestres, la distribution de nourriture aux enfants qui suivent les cours, l’achat et l’entretien des instruments de musique.

Pour beaucoup de parents, quand la pauvreté et la violence gagnent du terrain, les cours de musique leur permettent de sortir les enfants des rues et de les soustraire à l’influence des narcotrafiquants. « La pauvreté, c’est la solitude, la tristesse et l’anonymat. Un orchestre est synonyme de joie, de motivation, de travail en équipe et d’ambition », proclame le fondateur d’El Sistema. Un projet social et culturel qui rayonne désormais dans 90 pays et permet à des milliers d’enfants de sortir de l’exclusion.

Gustavo Dudamel  (Crédit : © Miguel O. Strauss/Flikr )

Tournée annulée !

Gustavo Dudamel est une personnalité médiatique qui compte. Afin de ne pas porter préjudice au Sistema dans le conflit qui déchire le pays, il a toujours évité de commenter la situation du Venezuela et d’émettre des commentaires politiques. L’opposition politique au gouvernement de Chavez puis de Maduro lui en a souvent fait le reproche.

L’artiste est finalement sorti de son silence en mai dernier suite à la mort d’un des jeunes musiciens d’El Sistema dans les manifestations. Dans une lettre publique, il a demandé au gouvernement d’entendre la voix du peuple. En juillet dernier, par un article dans El Pais et le New York Times, il a pris position contre l’Assemblée constituante convoquée par le président Maduro.

Depuis, la polémique a enflé. En guise de représailles, la présidence vénézuélienne a annulé la tournée de quatre dates aux Etats-Unis que devait mener le chef d’orchestre - qui réside aux Etats-Unis- avec 180 jeunes musiciens de l’Orqueste symphonique Simon Bolivar.

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