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Développement : quels objectifs après 2015 ?

Oumou Zé Oumou Zé Frédéric Lévêque Frédéric Lévêque
20 septembre 2013

A l’horizon 2015, de nouveaux objectifs de développement seront déterminés par la Communauté internationale. Ceux-ci devraient orienter les actions des agences de coopération et de financement dans les années à venir. Va-t-on saisir cette occasion pour enfin s’attaquer aux causes plutôt qu’aux symptômes ?

En septembre 2000, 189 dirigeants venus du monde entier approuvaient en grande pompe les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Huit objectifs pour enfin en finir, disaient-ils, avec la pauvreté avant 2015. On sait depuis plusieurs années que ces objectifs ne seront pas atteints. 2015 approche et en coulisse, on s’active déjà pour donner une suite à ce processus, corriger le tir, déterminer quelle vision du développement sera le fil rouge des actions des principales agences internationales de coopération et de financement dans les prochaines années. Oumou Zé, coordinatrice du plaidoyer au CNCD-11.11.11, suit de près ce dossier, car les ONG, elles aussi, tentent de faire avancer leurs propositions.

A moins de deux ans et demi de la date fatidique, quel bilan peut-on tirer des OMD ?
Le bilan est mitigé. Encore une personne sur cinq dans le monde vit avec moins de 1,25$ par jour. Chaque personne qui n’accède pas à ses droits et aux services de base nous rappelle les échecs du modèle de développement actuel. On a préconisé la poursuite d’une croissance économique accélérée, en supposant que cela se traduirait par l’amélioration des conditions de vie pour les plus pauvres. Loin s’en faut. Aujourd’hui, les inégalités ont augmenté, tant dans nos pays riches, que dans les pays dits émergents comme la Chine ou le Brésil.

Il y a tout de même eu des progrès ?
Oui, plusieurs millions de personnes sont passées au-dessus du seuil de pauvreté monétaire ou ont eu accès à de l’eau potable par exemple. Il y a eu un recul de la pauvreté ces dix dernières années mais ces progrès sont concentrés dans quelques zones comme l’Inde et la Chine ou en Amérique latine. L’Afrique subsaharienne reste quant à elle encore dans le rouge.

Quelles étaient les principales faiblesses des OMD ?
La plupart des analyses s’accordent sur une limite fondamentale du précédent cadre, où l’on s’est limité à des objectifs concernant les pays les plus pauvres, sans s’attaquer aux enjeux de transformation du modèle de développement. En se focalisant sur les objectifs sociaux, les OMD ont visé essentiellement les symptômes de la pauvreté et non ses racines que sont les inégalités économiques, sociales et environnementales.

Les OMD ne seront pas atteints, mais on a déjà tourné la page...
Depuis un peu plus d’un an maintenant, les analyses et les propositions fusent de toutes parts ; chacun y allant de sa critique des précédents OMD, de sa vision à long terme pour le développement et des objectifs et cibles qu’il faudrait se fixer pour y arriver à l’avenir. Il y a déjà plusieurs documents importants sur la table, et le 25 septembre, un évènement de taille est organisé dans le cadre de la 68e Assemblée générale des Nations-Unies. On y décidera des futurs objectifs pour en finir avec la pauvreté, mais également pour réorienter le développement vers un modèle plus durable… Enfin, de plus en plus de voix de la société civile s’élèvent pour demander cela.

Qu’est-ce qui est prévu pour l’après 2015 ?
Il s’agira d’une vision à long terme, couplée à des objectifs thématiques universels, assortis d’indicateurs au niveau des pays. Mais pour le CNCD-11.11.11, le nouveau programme de développement devra rester dans l’esprit de la Déclaration du millénaire, à savoir la prise en compte des trois dimensions du développement durable (économique, sociale et écologique), et proposer de meilleurs objectifs car les OMD ne reflétaient pas ces trois dimensions.

C’est la direction que l’on prend ?
Le très attendu rapport du Groupe de personnalités de haut niveau chargé du programme de développement pour l’après-2015 est sorti à la fin du printemps. On y perçoit déjà quelques orientations. Par contre, on reste encore dans l’incertitude quant aux engagements, à leur caractère contraignant, aux moyens de suivi et de recours possibles.

Quelles sont les lignes de force ?
Le rapport propose déjà 12 nouveaux objectifs à atteindre d’ici à 2030. Grosso modo, il s’agit en fait des huit OMD précédents, adaptés pour certains, et complétés par des objectifs sur la création d’emplois, la paix et la sécurité, la bonne gouvernance, et la gestion des ressources naturelles. Il y a cinq grandes « réorientations transformatrices » : ne laisser personne de côté ; placer le développement durable au cœur des débats ; transformer les économies pour créer des emplois et favoriser un mode de croissance inclusif ; construire la paix et créer des institutions efficaces, transparentes et responsables pour tous et créer un nouveau partenariat mondial. Mais il y a tout de même des faiblesses dans ces lignes de force.

Lesquelles ?
Impossible d’être exhaustive. Il y a par exemple les inégalités, qui n’ont pas été suffisamment considérées de façon transversale. Ainsi, l’attention pour les groupes marginalisés est formulée sur les aspects ethnique, de genre, géographique, de handicap ou encore de race. Il est impératif d’y inclure la marginalité liée à la pauvreté économique également. Autre faiblesse : le changement de modèle n’est pas proposé. On ne s’attaque pas aux causes systémiques que sont les règles financières et commerciales injustes, les modes de production et de consommation non durables, la redistribution des richesses, etc. On persiste à croire que la croissance rapide fait partie de la solution et non du problème.

Il y a eu des consultations pour déterminer ces orientations ?
C’était une faiblesse des OMD : un processus fort hermétique. La définition des objectifs était restée entre les mains de quelques experts d’organismes internationaux. Cette fois-ci, il a eu un processus de consultation assez élaboré, avec les organisations non gouvernementales notamment. Mais nos préoccupations ressortent peu dans les grandes orientations.

En Amérique latine, par exemple, les progrès sociaux sont dus essentiellement à la hausse du prix des matières premières et à des politiques redistributives. Pas aux OMD qui passent très loin au dessus de la tête des peuples !
L’idée de ces grandes rencontres, tractations et déclarations est de déterminer un cadre pour les actions de la Communauté internationale, ses institutions de financement et agences de développement pour les années à venir. Cela peut sembler éloigné du quotidien des gens, mais il est certain que les prochains objectifs, qui devront s’attaquer à l’éradication de la pauvreté, mais aussi à des objectifs de développement durable, auront une influence sur le terrain. En outre, c’est complémentaire des actions locales, tant les programmes de développement que les luttes politiques, sociales et démocratiques que mènent les peuples. Déterminer un nouveau cadre, avec une vision partagée du monde que nous voulons en 2030 et en 2050, relève inéluctablement d’un rapport de force sur la scène internationale. En tant que coupole d’ONG, nous participerons aux débats et continuerons de promouvoir notre vision du développement.

Et quelle est-elle ?
Nous insistons particulièrement pour que le modèle proposé soit fondé sur une approche basée sur les droits. Que les droits à l’éducation ou à l’alimentation, à l’eau ou à la santé soient garantis mais aussi que les acteurs - des entreprises aux Etats en passant par les institutions financières - soient responsables, qu’ils rendent des comptes sur leurs actions et que les populations dont on bafoue les droits fondamentaux puissent avoir des recours.

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  • Antoinette Van Haute

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Qui ? Oumou Zé
Adresse Quai du commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30
Email cncd@cncd.be

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