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Climat : que nous réserve 2018 ?

Véronique Rigot Véronique Rigot 26 février 2018

2017, année la plus chaude de l’histoire, année la plus catastrophique aussi. Des milliers de personnes décédées, des millions de personnes déplacées, à cause des ouragans, des feux de forêt, du manque d’eau ou des inondations. 2017, année du réveil politique quant à l’urgence climatique ? Malheureusement, pas encore. Des frasques de Donald Trump au One Planet Summit, que nous réserve 2018 ? Après un bref bilan de 2017, voici un aperçu des enjeux internationaux en matière climatique.

Le stress test réussi de l’Accord de Paris

L’année 2017 aura été marquée par les frasques de Donald Trump dans de nombreux dossiers internationaux tels que les migrations ou les relations israélo-palestiniennes. Le dossier climatique n’y fait pas exception mais heureusement, il y eut plus de peur que de mal. Alors que le 1er juin, dans une mise en scène soignée dans le jardin des roses de la Maison Blanche, le président américain annonçait sa décision de se retirer de l’accord mondial pour le climat (jugé trop néfaste pour l’économie américaine), c’est une mobilisation américaine et internationale inédite qui s’est spontanément mise en place en faveur de l’Accord de Paris. Résultat, dans le domaine de la diplomatie internationale du climat, Donald Trump est aujourd’hui plus isolé que jamais.

L’urgence climatique…

Au-delà des frasques de Donald Trump, finalement assez médiatico-anecdotiques, l’année 2017 aura été l’année de toutes les catastrophes climatiques avec, en particulier pendant l’été, une conjonction d’événements climatiques extrêmes observables sur tous les continents. Pour les experts du climat, nul doute sur le lien entre ces manifestations de plus en plus violentes et le réchauffement de l’atmosphère et des eaux de surface de la planète, directement liés à la concentration de particules de carbone dans l’atmosphère (dont le seuil historique de 400 ppm a été franchi dès 2016 [1]). 2015, 2016 et 2017 ont ainsi été les trois années les plus chaudes jamais observées avec une accélération du réchauffement qui confirme le dépassement de l’augmentation de température de plus de 1°C par rapport à l’ère pré-industrielle, et 17 des 18 années les plus chaudes ont été observées lors du 21e siècle [2].

… et la COP23

Bien que la Conférence des Nations Unies pour le climat qui s’est déroulée à Bonn en novembre (COP23) ne laissait pas présager de grandes avancées politiques, les mouvements sociaux ont néanmoins tenté de faire percoler l’urgence climatique dans l’enceinte feutrée des négociations, une urgence relayée dès le début des pourparlers entre ministres par le groupe des pays émergents [3]. Stratégie de négociation ou véritable préoccupation de l’urgence climatique ? Impossible à déceler, mais il est indéniable que de grands pays comme l’Inde voient leur population souffrir quotidiennement des dérèglements climatiques, et en particulier en 2017 d’une vague de chaleur extrême (plus de 50°C) et de pluies torrentielles lors de la mousson.

Une fin d’année marquée par le One Planet Summit…

A la suite de la COP23 et pour réaffirmer l’émulation internationale en faveur de l’Accord de Paris, le président français Emmanuel Macron a souhaité organiser un sommet anniversaire de l’accord mondial, deux ans après sa conclusion. Dédié à la finance climat (c’est-à-dire au soutien financier des pays en développement et au verdissement de la finance internationale), dans l’esprit de l’article 2 de l’Accord de Paris qui vise à mettre en cohérence tous les flux financiers avec l’objectif de décarbonation de l’économie mondiale et au renforcement de la résilience [4], ce sommet politico-médiatique a réuni le temps d’une journée une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement. De nombreuses annonces ont été faites et douze engagements formulés, qui seront suivis année par année lors des éditions futures du One Planet Summit.

… et une victoire de plus pour le désinvestissement

La journée aura surtout été marquée par une annonce importante dans le chef des institutions financières internationales : la Banque mondiale s’est engagée à ne plus soutenir l’exploration d’énergies fossiles. C’est une victoire importante pour toutes les organisations, dont le CNCD-11.11.11 et la Coalition Climat, qui se mobilisent pour le désinvestissement des énergies fossiles et relaient la bataille internationale pour réorienter tous les financements qui encouragent encore l’utilisation des énergies fossiles vers des énergies plus durables.

Alors, que nous réserve 2018 ?

Au niveau international, l’année 2018 se profile comme une année de la plus haute importance pour l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris. 2018, en un mot, c’est l’année de l’ambition. L’opportunité d’un sursaut politique pour décider d’en finir avec l’écart entre les contributions nationales et les objectifs de Paris. Depuis mai 2016 et l’analyse réalisée par le secrétariat des Nations Unies des engagements pris par les Etats, nous savons que nous sommes au mieux sur la trajectoire d’une limite de la hausse de la température à 3°C. Or les scientifiques sont alarmistes sur nos conditions de vie dans un monde à +3°C ou plus. Aussi, l’objectif principal de cette année, lors de la COP24, est de parvenir à un consensus international pour réviser à la hausse les engagements nationaux d’ici 2020. Pour parvenir à ce consensus, un dialogue s’étalera sur toute l’année (le Talanoa Dialogue). Par ailleurs, moment très attendu à l’automne, le Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) publiera en octobre le rapport que les Etats lui ont demandé dans l’Accord de Paris : un état des lieux des connaissances scientifiques quant à une hausse de la température de 1,5°C.

D’autres objectifs pour la COP24 ?

Cet objectif politique peut paraître faiblard, mais il est d’une importance capitale pour la qualité des conditions de vie de l’ensemble des populations de la planète comme des écosystèmes. Les autres questions essentielles à conclure lors de la COP24 sont le manuel de mise en œuvre et d’opérationnalisation de l’Accord de Paris (« Rulebook » en jargon des négociations), de même que la définition des financements climat, sans oublier le dossier de l’assistance internationale aux victimes des changements climatiques (« pertes et préjudices » en jargon) pour lequel la discussion sur le financement devrait commencer, et des premières recommandations internationales sur les déplacés climatiques devraient être formulées.

La COP de la transition juste ?

La COP24 aura lieu en Pologne, pays qui n’est pas connu pour être le plus progressiste en matière de transition énergétique, mais l’élément intéressant est que la ville de Katowice, qui accueillera la conférence, est justement une région où de nombreuses mines de charbon ont été fermées et qui a donc opéré une transition écologique. Sur cette base, les confédérations européenne et internationale espèrent voir adopté à Katowice un plan d’action international pour la transition juste. De l’avis des négociateurs belges et internationaux, les Polonais se montrent de bonne volonté pour contribuer positivement à ce dialogue de Talanoa et contribuer à rehausser les ambitions.

Deux rendez-vous d’ici là : Bonn en mai et la Californie en septembre

Et Trump dans tout cela ? Risque-t-il de tout bloquer ? Il semble peu probable, vu l’attitude des négociateurs américains lors de la COP23, qu’ils adoptent une attitude complètement en porte-à-faux. Donald Trump s’est d’ailleurs récemment dit prêt à signer l’Accord de Paris « si » le traité était totalement différent. Preuve que les pressions internationales font petit à petit leur effet. En attendant, il ne s’est pas privé de confirmer ses coupes budgétaires pour 2018, tant pour les Nations Unies que pour le GIEC et pour son agence nationale de protection de l’environnement. D’ici la prochaine COP, en novembre à Katowice, les négociateurs se retrouveront en mai à Bonn pour une session de négociations intermédiaires qui permettra de donner le pouls sur les principaux dossiers de cette année importante. Et les Chefs d’Etat et de gouvernement, mais aussi les représentants des Etats fédérés et des Régions, se réuniront à San Francisco en septembre, à l’invitation du gouverneur Brown qui compte bien démontrer au monde entier que Donald Trump ne représente pas les Etats-Unis.

Tags: Climat

[1La Belgique n’y fait pas exception car les émissions belges ont légèrement augmenté en 2016

[2Voir dépêche AFP du 18 janvier 2018 : « Les 3 dernières années les plus chaudes jamais enregistrées » : http://www.lalibre.be/actu/planete/les-trois-dernieres-annees-sont-les-plus-chaudes-jamais-enregistrees-5a60bfbbcd7083db8ba10d68

[3Pour plus d’informations, lire notre article : « L’urgence climatique s’est invitée dans les négociations », 13 novembre 2017 : https://www.cncd.be/Climat-l-urgence-climatique-s-est

[4L’article 2.1.c. de l’Accord de Paris vise à « rendre les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques ».

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