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Climat. Les attentes de la société civile pour le sommet spécial anniversaire

Véronique Rigot Véronique Rigot 12 décembre 2017

« One planet Summit », tel est le nom du sommet spécial qui a lieu ce mardi 12 décembre à Paris. Né à l’initiative du Président Macron pour marquer l’anniversaire des deux ans de l’approbation de l’Accord mondial pour le climat, le sommet aura pour thème l’impact de la finance sur le climat. Il s’annonce comme un moment politico-médiatique important de cette fin d’année.

La finance a plus d’impacts qu’on ne l’imagine sur le réchauffement de la planète, de même que sur les conditions de vie quotidienne de milliards de personnes. En effet, aujourd’hui, l’industrie des énergies fossiles est alimentée par de nombreux financements privés, mais aussi publics. C’est la raison pour laquelle le CNCD-11.11.11 s’est investi cette année dans la campagne « Banqueroute » de la Coalition Climat [1], de manière à relayer au niveau belge la mobilisation internationale pour le désinvestissement fossile. Et c’est aussi la raison pour laquelle la finance est au cœur du Sommet Climat « One Planet Summit ».

Un sommet spécial, avec la Banque mondiale et les Nations Unies

Lorsque début juin 2017, le président américain Donald Trump annonce son intention de retrait de l’Accord de Paris, l’idée d’une réaction internationale forte germe chez le Président français Emmanuel Macron. Moins d’un mois plus tard, à l’occasion du sommet du G20, il annonce inviter les chefs d’Etat et de gouvernement à célébrer en grandes pompes les deux ans de l’Accord de Paris, le 12 décembre prochain, à Paris. Alors qu’au moment de l’annonce, le projet est encore très flou, il se précise dès septembre, avec la publication d’une note d’intention et l’association pour l’organisation de l’événement aux deux partenaires internationaux incontournables lorsqu’on aborde la finance et le climat : les Nations Unies et la Banque mondiale.

Donald Trump, plus isolé que jamais, même pas invité au Sommet Climat

Contrairement à la logique des négociations des Nations Unies qui cherchent le consensus international pour avancer conjointement dans la lutte contre le réchauffement, le sommet « One Planet Summit » réunira les dirigeants qui sont prêts à aller plus loin dans leur engagement pour le climat – Donald Trump ne sera naturellement pas invité — en vue de favoriser le dialogue et l’échange de bonnes pratiques dans le cadre de cinq table-rondes. Ce sommet fera ainsi la promotion de projets « transformatifs » : douze projets innovants et exemplaires de la Banque mondiale seront ainsi présentés dans le cadre de sa nouvelle initiative « Invest4climate » [2]. Par ailleurs, momentum politique oblige, le sommet sera également le lieu d’annonces d’engagements nouveaux de la part des dirigeants politiques présents.

Aider les pays en développement face à la réalité du réchauffement

Quand on parle de finance climat, il y a deux questions à distinguer. La première concerne les engagements financiers pris par les pays développés pour aider les pays en développement face à la réalité du réchauffement, et la seconde concerne le verdissement de la finance, c’est-à-dire la réorientation des secteurs émetteurs de gaz à effet de serre vers les secteurs moins émetteurs, et en particulier en matière énergétique, vers l’énergie propre et durable.

La première question, traditionnellement appelée « financement climat international » remonte à un engagement de principe pris en 1992 dans le cadre des Nations Unies, inscrit dans la Convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques : les pays développés s’engagent à mettre à disposition des pays en développement des moyens nouveaux et additionnels, et la mise en œuvre de cet engagement financier devra tenir compte du besoin d’adéquation et de prévisibilité [3]. Vingt-cinq ans plus tard, les moyens financiers mis à disposition des pays en développement ne sont pas nouveaux et additionnels mais majoritairement recyclés des budgets de l’Aide publique au développement, et les pays en développement ne reçoivent pas les montants qui seraient nécessaires. Qui plus est, les pays en développement n’ont aucune vision sur les financements à venir. Ces sujets sont toujours actuellement sur la table des négociations, comme en a témoigné la COP23 [4].

Verdir la finance, un engagement de l’Accord de Paris

L’autre grande question de la « finance climat » est la grande réallocation qui doit s’opérer maintenant pour accélérer la transition vers une société bas-carbone, et en particulier sur le plan énergétique. Cet engagement est inscrit dans l’Accord de Paris, à l’Article 2.1.c. qui prévoit de « rendre les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques » [5]. L’objectif est clair et les moyens d’y parvenir multiples.

Pour les dirigeants politiques actuels, la solution se trouve du côté du secteur privé et la volonté est de mettre en exergue les opportunités économiques que réserve la transition vers une société bas carbone et une économie plus résiliente aux changements climatiques. Verdir la finance, c’est aussi prendre en compte, progressivement, le risque climatique dans les estimations et les prévisions futures. Si les compagnies d’assurance ont bien intégré ce risque climatique depuis quelques années, le reste de l’économie ne l’a pas encore suffisamment compris.

Aussi, la vocation d’un sommet comme celui-là est de faire comprendre à chaque niveau qu’il y a un geste à faire, mais aussi un intérêt économique à accélérer la transition. Sorti il y a près de 10 ans, le rapport Stern était très clair : au plus on attend pour agir, au plus le coût pour l’économie mondiale sera important.

Tous les projets de la Banque mondiale ne sont pas exemplaires

La Banque mondiale, associée à l’organisation du sommet, présentera donc douze projets à l’occasion du sommet. Cependant, pour de nombreuses organisations de la société civile au niveau international, dont le CNCD-11.11.11, la Banque mondiale a encore de nombreux efforts à faire pour présenter une image exemplaire. Ainsi, la campagne internationale « Big Shift Global » [6], qui encourage les institutions financières à cesser de soutenir les secteurs des énergies fossiles à l’horizon 2020 a publié, à l’occasion du sommet climat, une liste de douze projets soutenus par la Banque mondiale et des agences financières internationales qui ne devraient plus l’être s’ils se disent engagés pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris [7]. Du corridor gazier sud en Europe de l’Est à la construction de centrales à charbon aux Philippines ou en Afrique du Sud, en passant par la politique de l’entreprise d’Etat Petrobras au Brésil, et une mine de charbon australienne qui menace la Barrière de corail, trop nombreux sont encore les projets fossiles qui menacent la planète, les écosystèmes, la qualité de vie des habitants et encouragent le réchauffement.

Nos demandes au Premier Ministre Charles Michel

Le Premier Ministre Charles Michel fera le déplacement à Paris ce mardi 12 décembre, accompagné de la Ministre fédérale du Climat Marie Christine Marghem et du Ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. A cette occasion, la Plateforme Justice Climatique, coordonnée par le CNCD-11.11.11 a adressé un courrier au Premier Ministre, lui précisant ses attentes : révision à la hausse du financement climat international jusque 2020 et après cette date, avec une attention spécifique à l’adaptation ; suppression des financements publics accordés aux énergies fossiles et réallocation dans les énergies propres et durables (en particulier dans le cadre de la Banque mondiale et des institutions financières internationales) et mise en œuvre de l’Accord de Paris au cœur du « pacte national pour les investissements stratégiques ».

Dimanche 10 décembre, jour des droits de l’Homme, un « Tribunal des Peuples » [8] s’est réuni à Paris, pour écouter les témoignages de seize personnes, du Guatemala à la France en passant par le Bangladesh et l’Allemagne. Des témoignages poignants de personnalités qui ont parfois été injustement privées de liberté par des Etats qui privilégient les bénéfices de court terme des énergies fossiles au détriment du bien-être de leur population à plus long terme. Le jugement prononcé à l’issue de ce tribunal des peuples est sans appel : partout dans le monde et dans toutes les langues, plus un euro de plus ne doit être investi dans les énergies fossiles par les autorités publiques.

Tags: Climat

[3UNFCCC, 1992, article 4.3 : “The developed country Parties and other developed Parties included in Annex II shall provide new and additional financial resources to meet the agreed full costs incurred by developing country Parties in complying with their obligations under Article 12, paragraph 1. (…) The implementation of these commitments shall take into account the need for adequacy and predictability in the flow of funds and the importance of appropriate burden sharing among the developed country Parties.” https://unfccc.int/resource/docs/convkp/conveng.pdf, p.8

[4Lire notre analyse : Climat : que retenir de la COP23 ? : https://www.cncd.be/Climat-que-retenir-de-la-COP23

[7La liste des 12 projets peu exemplaires est disponible sur le site : http://priceofoil.org/content/uploads/2017/12/Dirty-Dozen-briefing.pdf

[8Le Tribunal des peuples qui a jugé la finance climaticide est visible sur la page Facebook de 350.org France : https://www.facebook.com/350france/?hc_ref=ARRcedG2E0mDyv6aCoWeM8B1K5VlNaQoJ_odcaVAa3mRO-zAGult-QO7s1Eew2Ou7IU

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