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Climat / COP 25 : Quels enjeux pour la seconde semaine de négociations ?

Rebecca Thissen Rebecca Thissen 11 décembre 2019

La première semaine de négociations sur le climat s’est clôturée à Madrid. Les ministres des différents Etats vont maintenant prendre le relai des discussions. L’enjeu de cette seconde semaine est d’arriver à un texte final à adopter ce vendredi 13 décembre, s’il n’y a pas de prolongations. Que s’est-il raconté dans les salles de négociations, dans les couloirs mais aussi dans les rues durant cette première semaine ? Faisons le point.

Un mot clé : l’ambition

Les avancées réalisées à Madrid conditionneront la réussite de la conférence de l’année prochaine, la COP26, où chaque pays doit soumettre un plan d’action climat chiffré pour 2030 (appelé aussi contribution déterminée au niveau national ou CDN). L’ouverture de la COP a donné le ton : le Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres, a sommé les pays de faire preuve de volonté politique et a rappelé que le temps nous est compté avant d’atteindre un point de non-retour. Le Forum des pays les plus vulnérables a également rappelé qu’alors que les émissions mondiales continuent d’augmenter, seuls les pays vulnérables ont pris des engagements concrets pour rehausser leurs ambitions climatiques, contrairement aux plus gros pollueurs qui sont restés jusqu’ici très silencieux. L’arrivée des ministres à Madrid doit donc lancer une nouvelle dynamique, où les Etats, surtout les pays développés, s’engagent concrètement pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris Accord de Paris , qui nécessitent des mesures plus ambitieuses [1].

 

L’article 6 au cœur des tensions

Face à une ambition globale largement insuffisante, la question des marchés du carbone soulève beaucoup d’inquiétudes. Si les discussions ont commencé dans une ambiance plutôt légère au début du sommet, la tension est allée crescendo à l’approche de l’arrivée des ministres. En effet, beaucoup de parties sont conscientes des risques immenses que pourrait comporter un mauvais accord en la matière, le diable étant dans les détails. L’Union européenne a défendu très clairement l’importance du principe d’intégrité environnementale qui, s’il est bafoué, pourrait mettre en danger l’ensemble de l’Accord de Paris. C’est en effet un point crucial, mais il ne peut être favorisé au détriment des droits humains, tout aussi importants. Certains mécanismes dépendant des marchés du carbone sous le Protocole de Kyoto ont causé d’énormes dégâts pour les populations du Sud, ces erreurs ne peuvent donc être répétées. Le texte actuel comporte certes des références à des principes tels que la consultation des populations locales ou la mise en place de mécanismes de recours, mais ceux-ci sont insuffisants sans des balises claires et solides supplémentaires. Il est donc impératif que les négociateurs veillent à ce que ces garanties fassent partie de l’accord final, quitte à prendre plus de temps pour le négocier.

 

Financement climat

Le thème du financement climat est une constante à l’agenda des négociations. Cette année notre attention est portée sur le Fonds Vert et les nouvelles annonces des pays développés qui n’ont pas encore contribué de manière juste au refinancement du Fonds. Ce point est très important pour l’écosystème du financement climat dans son ensemble. Les regards sont notamment tournés vers la Belgique, qui doit encore annoncer une contribution juste au Fonds Vert [2], ce qui lui a valu des critiques des ONG internationales, dont le réseau Climate Action Network. Lors de son discours à l’ouverture du sommet, la Première Ministre a réitéré la volonté belge de doubler sa contribution au Fonds Vert. Cependant, aucun chiffre n’a suivi cette déclaration, qui reste donc floue. Quant à l’objectif collectif de 100 milliards de dollars que les pays développés doivent fournir à partir de 2020, il est important pour les pays en développement de souligner que malgré les projections annoncées, il ne sera pas atteint en temps et en heure. Les financements fournis à l’heure actuelle ne sont pas donnés (mais bien souvent prêtés), ni nouveaux, ni additionnels. Parallèlement, les pays en développement, latino-américains et caribéens en tête, sont demandeurs de méthodes de rapportage plus strictes qui permettent d’éviter de gonfler les chiffres en comptant des prêts à leur valeur nominale ou en comptabilisant des projets qui ne sont pas spécifiques.

 

Pertes et préjudices

Autre point clé pour la justice climatique Justice climatique envers les pays en développement, la question des pertes et préjudices, plus précisément la révision du Mécanisme International de Varsovie. Les oppositions sont vives entre pays en développement et pays développés sur la question. L’ensemble des pays en développement, par la voix du groupe du G77 et de la Chine, s’alignent pour demander la création d’un bras financier au Mécanisme International de Varsovie, ce qui permettrait un financement additionnel au financement climat. Ceux-ci estiment en effet que le financement des pertes et préjudices doit aller au-delà de l’adaptation. Le récent rapport d’Oxfam leur donne raison : 20 millions de personnes sont aujourd’hui contraintes de fuir leur foyer chaque année à cause des catastrophes climatiques [3]. Les pays développés, en revanche, sont assez clairs sur cette option : ils ne veulent pas créer de nouveau mécanisme, estimant que l’architecture du financement climat international est suffisante. Toute la question sera donc de savoir sur quel point les Parties arriveront à trouver un compromis, débouchant toutefois sur une révision ambitieuse du Mécanisme de Varsovie. Cette révision doit lui permettre d’être efficace face aux événements climatiques extrêmes, rapides ou silencieux, qui frappent les pays vulnérables de plein fouet.

 

Et nos politiques, dans tout ça ?

Au niveau européen, la nouvelle Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen et le nouveau Président du Conseil européen, Charles Michel, ont annoncé, lors de l’ouverture du sommet, que l’Union européenne voulait devenir le premier continent ayant atteint la neutralité carbone d’ici la moitié du siècle. Malheureusement, seule l’échéance 2050 a été mentionnée, sans référence au rehaussement prochain de l’objectif 2030. Ceci a été pointé par de nombreux observateurs car, pour répondre réellement à l’urgence climatique, il faut agir rapidement et adopter des mesures drastiques de réduction des émissions à l’horizon 2030. Ce rehaussement doit être annoncé en début d’année 2020 pour donner une impulsion forte aux pays développés et permettre de rester en ligne avec les objectifs de l’Accord de Paris. Cette semaine sera décisive pour l’action climatique européenne, et donc a fortiori pour la Belgique : le nouveau Green Deal de la Commission européenne sera présenté le 11 décembre, en amont du Conseil européen des 12 et 13 décembre, où les chefs d’Etats discuteront notamment de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.
 
Au niveau belge, les quatre ministres du climat seront présents à Madrid pour la deuxième semaine de négociations. La Ministre Marghem, en tant que représentante du fédéral, est cheffe de délégation et c’est la Région flamande, représentée par la ministre Zuhal Demir, qui participe au nom de ses collègues à la coordination européenne. Samedi 7 décembre, la Belgique a présenté son examen oral, le « Multilateral Assessment », aux côtés de l’Autriche, de Chypre, de la Bulgarie, de la Grèce et du Kazakhstan [4]. Chacun des pays a présenté un bilan de ses politiques climatiques et a dû ensuite répondre à une série de questions posées par les délégations présentes dans la salle. Ce mécanisme permet de passer à la loupe les politiques climatiques de certains pays, dans le cadre d’une évaluation biannuelle. La dernière fois que la Belgique avait dû passer cette épreuve, c’était lors de la COP22, à Marrakech. Les changements ne se sont pas vraiment fait sentir depuis : les émissions dans les transports et les bâtiments augmentent d’année en année et un grand nombre de mesures supplémentaires sont encore nécessaires pour atteindre nos objectifs.

Une mobilisation citoyenne

Face au manque d’action politique, citoyens et citoyennes ne restent pas silencieux. Une marche a eu lieu vendredi soir à Madrid, rassemblant plus de 500 000 personnes dans les rues de la capitale espagnole. Cette marche s’inscrivait dans le mouvement des « Fridays for Future », lancé par Greta Thunberg, également présente pour l’occasion. Deux jours plus tard, deux chaînes humaines étaient organisées à Bruxelles et à Liège, encerclant les endroits politiques clés pour dénoncer la frilosité de nos politiques et le besoin urgent d’actions concrètes. Il est à espérer que l’appel de la rue se combinera à celui des experts et donnera lieu à une décision finale ambitieuse et juste pour cette 25e conférence sur les changements climatiques. Seules des mesures suffisamment ambitieuses sont susceptibles de répondre à la crise climatique et sociale qui secoue l’ensemble de la planète.

[1Voir le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, qui annonce que nous sommes actuellement sur une trajectoire de 3,2°C de réchauffement global : https://wedocs.unep.org/b...

[4Pour plus d’informations, voir le site de la CCNUCC (EN) : https://unfccc.int/fr/MA

Tags: Climat