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Remaniement gouvernemental

Climat : ce que nous attendons de vous, Monsieur le Premier ministre

Véronique Rigot Véronique Rigot 25 août 2019

Dimanche 9 décembre, le Premier Ministre annonçait, à l’occasion du remaniement ministériel au niveau fédéral, que le climat est l’une de ses trois priorités. Cela tombe bien, car c’est aussi une priorité pour les 75000 personnes qui étaient dans la rue il y a une semaine, le 2 décembre. Voici 3 choses qu’il doit faire maintenant.

Il s’en passe, des choses, en une semaine ! Il y a de quoi passer par toutes les émotions : de la joie à la colère, de l’espoir, au soir d’une telle mobilisation, au désespoir total, de voir la Belgique tenter de saboter les directives européennes. Tout cela nous laissait perplexes, jusqu’à l’annonce des trois ministres régionaux compétents pour le climat, vendredi, visiblement désireux de sauver la situation et de se concerter pour le rehaussement des ambitions belges. Ces derniers jours, ces derniers mois, pour ne pas dire ces dernières années, ont été lamentables en la matière. Cette annonce nous a redonné de l’espoir, a fortiori avec la déclaration de Charles Michel ce dimanche de faire du climat une des trois priorités de fin de législature. Le moment est venu de concrétiser les promesses en actes concrets.

Non, Monsieur le Premier Ministre, le Plan National Energie Climat n’est pas finalisé

Dimanche 2 décembre, suite à la marche pour le climat, Charles Michel annonçait sur twitter que le Plan National Energie Climat était finalisé. Nos yeux s’étaient alors écarquillés : avait-on manqué un épisode politique clef ? La réponse est non, car le plan national est loin d’être finalisé. Très loin, même… Le CNCD-11.11.11 a pu se procurer une copie du texte datée du 4 décembre. Pour le dire objectivement, le texte fait actuellement 114 pages, le projet est bien avancé, il répond aux questions de la Commission européenne et à la structure imposée. Mais il n’est pas finalisé, en témoignent les parties de texte en français, en néerlandais et en anglais, et il est encore moins un plan « national » intégré. A ce stade, c’est la somme des réponses régionales et fédérale aux questions de la Commission européenne. Un grand chantier, un brouillon. Mais un texte finalisé, non. Et une vision nationale suffisamment ambitieuse, on a bien cherché, et il n’y en a toujours pas.

« La Flandre bloque »

Sur cette base, on entend déjà la Ministre Marghem nous répondre : « Soyez réaliste, il n’y aura pas de vision nationale, c’est la Flandre qui bloque ». Par ailleurs, on ne compte plus le nombre de fois où elle a rejeté la faute sur les autres régions. Oui, c’est vrai, la Flandre bloque. Du moins, une certaine Flandre. La Flandre des grosses industries polluantes, pétro-chimiques, du passé. La Flandre des énergies fossiles, la Flandre d’une puissance économique antagoniste à l’environnement, qui n’a pas compris que l’avenir est ailleurs, qu’il est possible d’investir dans une économie propre, innovante, porteuse d’emplois. La Flandre de la NVA, pour la nommer, dont le président Bart De Wever a dit en 2010 que son vrai patron est le VOKA, la fédération des entreprises flamandes.

La Flandre avance aussi

Si la Flandre freine le fédéral, force est de constater que par ailleurs, la Flandre avance aussi. Suite à une résolution du parlement flamand adoptée en 2016, le gouvernement de Geert Bourgeois a ainsi adopté un plan climat en 2018 qui décline une ribambelle de mesures novatrices qui vont transformer le quotidien des citoyens du nord du pays. Par ailleurs, c’est le président du Parlement flamand Jan Peumans, NVA, qui a lui-même initié le dialogue interparlementaire sur le climat. Les députés de tous les parlements ont rédigé une résolution interparlementaire qui a été votée dans tous les parlements belges et qui appelle les ministres du climat à une politique climatique plus ambitieuse. Enfin, Madame Marghem n’a peut-être pas constaté que les ministres flamands en charge de l’énergie et du climat (Monsieur Tommelein et Madame Schauvliege) n’ont jamais pratiqué la politique de la chaise vide. S’il y a des blocages, il y a donc aussi une Flandre avec qui il est possible d’entamer un dialogue. Tout est question de volontarisme. Chercher le compromis n’a jamais été chose facile, mais prendre le temps de s’écouter les uns les autres aide certainement plus que se pointer mutuellement du doigt.

Concrètement, que demande la Coalition Climat à Charles Michel ?

Dès le 2 décembre au soir, Charles Michel s’est engagé à défendre des « objectifs ambitieux ». Cela tombe bien, c’est ce qu’attend la Coalition Climat. Concrètement, le timing politique est clair : la COP24 termine le 14 décembre, et la Belgique doit finaliser son Plan National intégré Energie Climat pour le 31 décembre.

La Coalition Climat, dont le CNCD-11.11.11 est président, demande à Charles Michel et aux ministres compétents pour le climat de profiter de la COP24 pour annoncer publiquement le soutien de la Belgique au rehaussement des ambitions européennes, à savoir au moins 55% de réductions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport à 1990. Par ailleurs, la Coalition Climat demande à Charles Michel et aux ministres compétents pour le climat d’insuffler dans le Plan National Energie Climat une vision nationale ambitieuse. Très concrètement, un préambule doit être ajouté aux 114 pages, qui définit les engagements communs des gouvernements belges fédéral et régionaux à l’horizon 2030. Parmi les éléments qui doivent s’y trouver : l’objectif européen de 55% de réductions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, la définition d’un plan national pour la transition juste vers une société bas carbone, la préparation d’un accord de coopération pour se répartir les objectifs 2030 au niveau intra-belge (burden sharing 2030), ou encore la préparation d’une loi sur le climat, afin de garantir la continuité des objectifs climatiques de court et long terme, de réaffirmer les obligations découlant de l’Accord de Paris et d’améliorer la gouvernance climatique belge actuelle.

Une rencontre avec le Premier Ministre ?

Pour s’inspirer, le Premier Ministre et les ministres compétents pour le climat peuvent évidemment relire les recommandations de la Coalition Climat. Par ailleurs, les représentants de la Coalition Climat sont toujours disponibles pour une rencontre et un dialogue franc. Des rencontres sont prévues avec les ministres qui seront présents à Katowice pour la COP24. La rencontre entre le Premier Ministre et les organisateurs de la marche pour le climat n’a quant à elle pas encore pu être fixée, nous espérons que cela ne va plus tarder. Le Climat est une priorité pour tous. Après quatre années d’inertie, place à l’action !

Tags: Climat

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