×

COP21 / Un engagement belge brouillon et dénué de solidarité

Véronique Rigot Véronique Rigot 1er décembre 2015

Ce lundi 30 novembre, le Premier ministre Charles Michel a prononcé son discours à la tribune des Nations Unies à la COP21 à Paris. Un discours volontariste, mais dénué d’ambition climatique et de solidarité accrue avec les personnes les plus vulnérables. Décryptage.

L’exercice était certes délicat en l’absence d’accord climat intra-belge : venir se présenter devant les chefs d’Etat du monde entier avec une telle situation interne relève de l’équilibrisme. Qui plus est, la Belgique venait de se voir pointée par le Climate Action Network, le réseau international de plus de 900 ONG dont le CNCD-11.11.11 est membre, comme pays parmi les pires à l’entame de la négociation. Un pays qui vit dans le passé, qui prolonge son énergie nucléaire faute de pouvoir s’entendre sur les objectifs d’énergies renouvelables. En un mot, l’exemple-même de ce qu’il ne faut pas faire en termes de transition énergétique. Une situation telle que la Plateforme Justice Climatique s’interrogeait sur la présence du Premier Ministre à l’ouverture des négociations.

Qu’à cela ne tienne, Charles Michel, que nous avons interpellé entre deux réunions bilatérales, nous a assuré continuer de négocier avec les chefs de gouvernement flamand et wallon. Il est ensuite monté à la tribune des Nations Unies pour défendre un accord international ambitieux. Et pour y contribuer, la Belgique s’engage à une contribution au financement climat international : la Belgique contribuera à hauteur de 50 millions d’euros annuellement au financement climat international. Si en temps normal, on se serait réjoui de cette annonce, le flou qui l’entoure nous laisse perplexe.

Un engagement brouillon : 3 éléments d’analyse

1. Le montant

Sur le montant d’abord : la Belgique s’engage à hauteur de 50 millions d’euros par an jusqu’à 2020. Un montant ambitieux pour notre petit pays ? Pas du tout, il s’agit de l’engagement pris par la Belgique à Copenhague, en 2009, et qui est donc acté par les Nations Unies comme le montant minimum que la Belgique doit mettre à disposition. Par ailleurs, en 2011 et 2012, la Belgique, avec l’ensemble des pays, s’est engagée à ce que ce montant de Copenhague augmente d’année en année de manière à atteindre l’objectif mondial de 100 milliards de dollars annuellement d’ici 2020 – auquel la Belgique est censée contribuer à hauteur de 500 millions par an. La Belgique ne respecte donc pas ses engagements internationaux.

2. La source

Sur le détail des ces 50 millions d’euros, ensuite, qui va mettre combien ? Cette question est négociée dans le cadre de l’accord intra-belge. Le Premier ministre nous a confié que le fédéral a accepté le compromis proposé de prendre en charge la moitié de la contribution belge au financement climat international, soit 25 millions. La Wallonie s’est déjà formellement engagée à mettre 7 millions d’euros chaque année sur la table, la Flandre 3,5 millions d’euros et Bruxelles a annoncé 750 000 euros pour 2015. On le voit, les Régions vont nécessairement devoir revoir leurs contributions à la hausse pour espérer tenir cet engagement de 50 millions d’euros.

3. La qualité

Quant à la qualité des financements, l’annonce est très vague et aucune information ne nous a été confirmée à ce stade. Il semble que les questions posées à Charles Michel soient relayées directement à l’administration, qui n’a pas été informée de cette annonce en préparation…
La question principale est de savoir de quels budgets fédéral et régionaux proviendront ces financements climat internationaux. Ces dernières années, la Belgique a en effet allègrement recyclé son aide publique au développement en financement climat. Ce processus, tout à fait autorisé par l’OCDE, n’a jamais été discuté et approuvé par les premiers concernés, les pays en développement. Il s’agit donc de pratiques illégitimes, qui plus est en contradiction totale avec l’Accord de Copenhague qui stipule clairement que le financement climat doit être « nouveau et additionnel ».

Il faudra plus !

Notre constat est sans embâge : cette annonce est lamentable. Au sein de la délégation, suite au discours, les questions ont fusé : pourquoi la Belgique a-t-elle annoncé un engagement aussi faible ? Mieux aurait-il fallu se taire encore quelques jours pour pouvoir annoncer un engagement ambitieux et solidaire, qui aille dans le sens des annonces de ces derniers jours. Car tous les pays sont bien conscients ici qu’il faut faire plus pour atteindre l’objectif international de 100 milliards de dollars annuellement d’ici 2020. La plupart des pays européens ont d’ailleurs annoncé des contributions en nette augmentation par rapport à Copenhague. La part belge de cet objectif international est de 500 millions d’euros annuellement d’ici 2020. Il faudra donc faire beaucoup plus que ce que Charles Michel a annoncé dans les années à venir.

Hier, 30 novembre, 11 pays - dont les Etats Unis, la Suède, l’Allemagne, l’Angleterre ou la France - ont en effet annoncé un soutien de 248 millions de dollars au Fonds pour les pays les moins avancés (LDC Fund) pour l’adaptation. Un signal clair auquel on aurait apprécié que la Belgique se joigne. La Belgique contribuait, ces dernières années, elle aussi à ce fonds pour les pays les moins avancés. Pour 2015 et les années à venir, on entend dans les coulisses que cette contribution est remise en question.

L’annonce du Premier ministre démontre à quel point la solidarité internationale de la Belgique est remise en question.