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Asia Floor Wage Alliance, pour des vêtements « propres »

Stéphanie Tatepo Stéphanie Tatepo 28 avril 2014

Le 24 avril 2014 a marqué le triste premier anniversaire de l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble abritant de nombreux ateliers de textile travaillant pour 29 marques européennes et américaines de vêtements au Bangladesh.

L’affaissement soudain de ce bâtiment a causé le décès de plus d’un quart des employés qu’il abritait, soit 1.138 personnes. Les rescapés de cet accident, dont certains ont dû attendre jusqu’à une semaine pour être secourus, en garderont des séquelles physiques et psychologiques à vie. Beaucoup sont sortis du bâtiment amputés d’un ou plusieurs de leurs membres.
Les quelque 2.000 survivants et les familles des victimes n’ont toujours pas été indemnisés par les grandes marques occidentales qui y sous-traitaient la confection des vêtements.
Ce tragique incident a servi de piqûre de réveil à l’opinion publique internationale au sujet des conditions de travail déplorables subies par les salariés précaires de l’industrie du textile. La véritable cause de cette catastrophe réside dans un système de production mondial qui voit les grandes marques sous-traiter la fabrication des vêtements à des fournisseurs poussés à réduire toujours plus les coûts de production et les conditions de travail.
Ainsi, le Rana Plaza avait été évacué la veille de l’accident pour cause de fissures graves, mais les travailleurs ont été forcés de reprendre leur poste afin d’éviter le manque à gagner qu’aurait occasionné une révision complète de la structure de l’édifice.

Bien avant cet accident, des organisations de la société civile ont dénoncé cette course à la compétitivité sans limite. Elles ont revendiqué des conditions de travail décentes et l’établissement d’un salaire minimum dans l’industrie du textile, car la norme en vigueur dans ce secteur implique que les salariés, essentiellement des femmes issues des strates les plus pauvres de la population, prestent des journées de 12 à 14 heures dans des pièces bondées et surchauffées pour un salaire de misère.
Au Bangladesh par exemple, ces travailleurs touchent un salaire d’environ 30 dollars par mois ! Leurs droits sont bafoués quotidiennement au profit des intérêts financiers des grandes marques de vêtements dont les menaces de délocalisation poussent les gouvernements à faire taire ou à ignorer les revendications de ces salariés. Ces grandes marques ferment les yeux sur les pratiques de leurs sous-traitants afin de conserver une main d’œuvre bon marché qui leur permet de minimiser leurs coûts et de maximiser leurs marges bénéficiaires.
De son côté, le consommateur belge et européen n’est pas informé sur ces pratiques, sinon lorsqu’un incident se produit. Dans les faits, combien d’entre nous accepteraient de consommer en connaissance de cause ces vêtements fabriqués dans des conditions indignes ?

Depuis la catastrophe, la mobilisation des organisations de la société civile s’est intensifiée, non seulement au Bangladesh, mais partout en Asie, où la quasi-totalité de nos vêtements sont désormais fabriqués. Soutenues à travers le monde par des ONG comme le CNCD-11.11.11, elles œuvrent afin de faire respecter les deux principes sous-tendant au commerce équitable : des conditions de travail décentes et des salaires justes.
Ce mouvement citoyen a abouti à des premiers résultats : la mise en place d’un accord imposant aux multinationales le contrôle systématique de la sécurité et des conditions de travail des employés de leurs sous-traitants. Il y a peu, H&M, Zara, C&A et 31 autres enseignes ont ainsi signé cet engagement juridiquement contraignant qui les engage notamment sur le plan financier, ce qui représente une avancée sans précédent en termes de travail décent.
Mais ce premier pas important reste insuffisant : mettre un terme à la course au moins-disant social implique de définir un salaire minimum dans tous les pays concernés. C’est pourquoi une large coalition d’ONG et de syndicats asiatiques,
baptisée Asia Floor Wage Alliance, a lancé une campagne pour un salaire minimum dans le secteur de l’habillement applicable dans tous les pays producteurs d’Asie.
Pour ce faire, elle a développé une méthode de calcul se basant sur les besoins fondamentaux afin de faire vivre décemment une famille de 2 adultes et 2 enfants. L’essentiel de son action aujourd’hui est d’organiser la convergence des mouvements de défense du travail décent, dans chaque pays de production et à l’échelle régionale, pour revendiquer d’une seule voix un salaire vital et la liberté d’association qui est le principal outil pour l’obtenir.

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