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Madagascar

Appui à à l’élevage en hauts-plateaux malgaches

Oumou Zé Oumou Zé janvier 2007

Située dans l’océan Indien, le long des côtes africaines, l’île de Madagascar est la quatrième plus grande au monde. Grande comme 18 fois la Belgique, elle est cependant 11 fois moins densément peuplée que cette dernière. La population malgache est pour l’essentiel rurale (73,4%) ; et dans la région ouest du Vakinankaratra, la plus peuplée du pays, la majorité des villageois vivent d’une agriculture de subsistance. L’élevage, complément à l’activité principale, sert essentiellement pour la consommation familiale et la constitution d’un patrimoine animalier, vital pour la survie économique des familles. Dans ette zone de hauts-plateaux, la culture du riz est la plus importante, suivie de celles du maïs et de la pomme de terre. Le manque d’équipements, couplé un accès limité aux crédits entrave l’efficacité des agricultures familiales qui occupent pourtant 62% de la population du pays.

L’élevage familial est régulièrement menacé par les épidémies et la difficulté des éleveurs à vendre leur bétail à des prix décents.
Dans ce contexte, 500 familles représentant environ 3.000 personnes encadrées par des coopératives villageoises s’attachent à professionnaliser leur activité.

Leurs priorités : organiser des campagnes de vaccination et la filière de commercialisation du bétail.

Ces coopératives peuvent compter sur l’appui de l’ONG belge Louvain Développement qui a lancé en 2003 un programme de partenariat pour l’appui aux organisations paysannes.

Des initiatives volontaristes et persévérantes

Son principal partenaire est l’ONG malgache Ramilamina. Créée en 1992, proche des populations rurales vivant dans les environs de la ville d’Antsirabe, ses objectifs visent à asseoir un développement humain durable de la population à travers le renforcement des capacités des organisations paysannes. Son équipe est composée de techniciens expérimentés en élevage et en agriculture, qui apportent conseil et recommandations aux exploitants.

Depuis 1995, elle facilite l’accès des producteurs au micro-crédit, aux vaccins des animaux, aux intrants et aux débouchées commerciales. Outre ces activités, Ramilamina a également développé des projets à vocation productive qui participent à la pérennisation de la filière d’élevage.

Le partenariat avec Louvain Développement a permis des réalisations concrètes :

— Une centrale d’achat dans la ville d’Antsirabe pour les intrants et les vaccins destinés au bétail.

— Des centres d’approvisionnement le long d’axes routiers importants.

— Des magasins villageois permettant le relais dans les zones les plus isolées.

— Des formations de vaccinateurs villageois.

— Une plate-forme tripartite pour l’accès au financement qui se compose des coopératives, de l’ONG Ramilamina et d’organismes de crédit.

La centrale d’achat joue un rôle déterminant dans la négociation des prix auprès de fournisseurs de vaccins et pour la recherche de débouchées commerciales.

Le trois centres d’approvisionnement installés le long de l’axe routier de la zone d’intervention facilitent la gestion efficace des vaccinations. En effet, un flacon contient 250 à 1000 doses de vaccin. Dès lors, un flacon entamé doit être rapidement écoulé, ce qui nécessite des vaccinations groupées afin de rentabiliser au maximum les coûts. Au total, 55 vaccinateurs villageois ont été formés dans les zones les plus isolées.
Comme prévu, le programme a aussi permis d’ouvrir en 3 ans, 14 magasins d’approvisionnement en vaccins et produits vétérinaires dans les villages les plus éloignés.

Des structures locales qui sensibilisent et mobilisent

Les centrales d’achat, les magasins, les unions de coopératives et la plate-forme pour l’accès au financement sont la propriété des groupements d’éleveurs qui en assurent la gestion. Leurs actions ont fait spectaculairement reculer le taux de mortalité lié aux maladies endémiques et ont donné l’occasion aux petits paysans d’investir davantage dans l’élevage qui représente une activité économique complémentaire, souvent sous la responsabilité des femmes.
Les femmes sont plus nombreuses à s’occuper des activités d’élevage. Cependant, elles ne sont pas pour autant représentées proportionnellement au sein des coopératives et des structures d’appui. Un axe fort du programme a donc été de permettre leur participation accrue aux formations. Les horaires ont ainsi été aménagés pour tenir compte de leurs emplois du temps chargés par des activités visant à nourrir la famille. Leur adhésion plus systématique aux coopératives est ainsi soutenue et parallèlement, un travail de sensibilisation des hommes par rapport à la situation des femmes est mené.

Un pari sur l’avenir…

Les techniciens des trois bureaux d’agence diffusent documentation et informations techniques aux éleveurs. Le programme apporte dans ce sens des réponses adaptées aux besoins de connaissances techniques et spécialisées des éleveurs locaux. L’un des aspects les plus durables du programme réside donc dans le développement d’un véritable réseau d’échange de savoir d’expériences.

Le partenariat entre Louvain Développement et Ramilamina s’intègre également dans la politique de décentralisation en associant les autorités locales élues et les services déconcentrés de l’État.
L’appui direct aux organisations locales permet de rompre avec la gestion centralisée qui dictait les prix d’achat aux éleveurs et l’approvisionnement en médicaments pour le bétail.

Ce type de programme apporte un soutien aux populations locales dans leurs initiatives face au désengagement de l’État qui se retrouve affaibli par plus de 15 ans d’ajustement structurel.

Au vu de la participation financière accrue du partenaire, et de ses capacités renforcées à mobiliser des fonds supplémentaires pour le programme, son fonctionnement sans Louvain Développement depuis le mois de mars 2006 ne devrait pas remettre en question les acquis. Au contraire, le roulement autonome et la création de synergies prouvent que les objectifs de coopération fixés en début de partenariat ont étés atteints. Le caractère collectif des initiatives a ainsi participé à l’adoption de véritables « dinam-pokolona » qui sont des chartes de défense des intérêts villageois.

En soutenant des initiatives comme celles de Louvain Développement, dans leur rôle d’appui au renforcement des groupes d’intérêts villageois locaux, le CNCD – 11.11.11 fait le pari d’une contribution solidaire et durable à l’effort de développement de millions de paysans des pays du Sud.

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