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Nouvelle étude

A côté de l’huile de palme, de plus en plus d’huile de soja dans nos moteurs

21 janvier 2019

Une étude portant sur l’évolution récente de la composition des agrocarburants mélangés à l’essence et au diesel en Belgique est publiée ce lundi par un ensemble d’ONG belges (Inter-Environnement Wallonie, CNCD-11.11.11, 11.11.11, Oxfam, FIAN et CETRI). Selon les chiffres préliminaires disponibles pour l’année 2018, le recours au biodiesel de soja a connu une augmentation très marquée, tandis que le l’huile de palme reste présente dans nos moteurs. Les ONG demandent une adaptation des politiques qui ont mené à cette situation particulièrement problématique d’un point de vue social et environnemental.

Selon les chiffres préliminaires de l’administration, la composition des agrocarburants mis à la consommation en Belgique en 2018 connaît une évolution contrastée par rapport à 2017. Faits marquants :

  • Le recours au biodiesel d’huile de soja est multiplié par 10, pour atteindre 127.000 m3. Ceci rend les volumes d’huile de soja ainsi consommés comparables aux volumes nets importés pour les applications alimentaires. En 2018, la quantité d’huile de soja consommée dans nos moteurs correspond à environ 11 litres par Belge.
  • L’huile de palme recule, mais reste présente dans le diesel vendu en Belgique. En 2018, la quantité d’huile de palme consommée dans nos moteurs correspond à environ 2,5 litres par Belge.
  • La surface nécessaire à la production de ces huiles brûlées dans nos moteurs est considérable. Pour l’huile de soja utilisée dans le diesel belge, la surface de production équivaut à cinq fois la superficie totale de la Région Bruxelloise.
  • Ceci augmente les risques de déforestation et de perte de biodiversité dans les pays du Sud, ainsi que les risques de violations de droits humains,
  • Au niveau climatique, le bilan des biodiesels d’huile de palme, de soja et de colza est pire encore que celui du diesel fossile remplacé. Leur utilisation actuelle en Belgique produit un surplus d’émissions de gaz à effet de serre équivalant aux émissions de l’ensemble du secteur des transports belge pendant 10 jours.
  • Ces éléments interpellent, particulièrement dans un contexte où la Belgique vise une augmentation sans précédent du recours aux agrocarburants dans les prochaines années, comme il ressort du projet de Plan National Energie Climat : passer à 14% d’agrocarburants en 2030 contre 5,5% en 2017. Alors que les politiques de soutien aux agrocarburants sont largement décriées pour leurs impacts sociaux et environnementaux, les autorités belges sortent de leur chapeau un objectif national d’agrocarburants huit fois supérieur à la seule obligation européenne concernant les agrocarburants en 2030, et qui s’élève à 1,75% d’agrocarburants « avancés » (en termes énergétiques réels).

En conséquence, les organisations à l’origine de cette analyse appellent :

  • La Commission européenne à adopter ce 1e février 2019 une méthodologie robuste pour avoir, au niveau européen, un phasing-out des biodiesels à haut impact climatique (high ILUC), en particulier les biodiesels de palme et de soja.
  • Les autorités belges à revoir totalement leur copie en ce qui concerne le recours aux agrocarburants dans le cadre du Plan National Energie Climat 2030, afin d’être cohérentes face à leurs engagements en matière de changement climatique, de développement durable et de respect des droits humains. Les agrocarburants issus de matières premières alimentaires doivent être éliminés, et les agrocarburants « avancés » faire l’objet d’une approche réaliste et prudente.
  • Les régions à prendre leurs responsabilités pour aller résolument vers une mobilité durable, sans chercher à reporter les efforts sur le niveau fédéral. Leurs politiques de décarbonation du transport devraient cibler prioritairement la réduction du trafic automobile et le développement des alternatives (transports en commun, mobilité douce, véhicules partagés, etc.).

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