×

Cinéma

« IT’S A FREE WORLD », de Ken Loach

Ce film nous parle de l’exploitation sans limites des travailleurs migrants sous couvert d’une « agence d’intérim » à Londres et montre comment des conditions proches de l’esclavage resurgissent au cœur de nos marchés du travail sensés être régulés et suivre des normes.

Affiche du film . Affiche du film

Agence d’intérim qui met des travailleurs sans permis de travail [1] ou sans papiers et donc sans permis de travail [2] à disposition d’employeurs peu scrupuleux sur des emplois non qualifiés, à des salaires nettement inférieurs aux normes pratiquées, le temps que cela arrange le patron : un jour, une semaine, un mois... sans aucune sécurité, sans contrôle, hors toute légalité. Ce type de business est certainement le fait d’employeurs peu scrupuleux mais il est aussi la conséquence de la course effrénée à la pression sur les coûts de production, notamment par la réduction des coûts de la main d’œuvre ; pression que nous réprouvons en tant que citoyens et travailleurs mais que nous alimentons en tant que consommateurs. Enfin, il est clair que 2 conditions rendent possibles une telle exploitation de ces travailleurs migrants :

  • le différentiel salarial entre ce qu’ils peuvent gagner dans leur pays d’origine et ce qu’ils peuvent gagner en Europe [3], même en travaillant à des conditions salariales complètement bradées,
  • l’absence de droits de ces travailleurs migrants qui les retient de protester contre des conditions de travail déplorables ou le non-paiement des heures prestées, de peur d’être à nouveau les premiers pénalisés parce qu’expulsés directement...

Mais que combattre et comment ? A l’évidence, il faut répondre à ces dérives que ça doit passer par plus de contrôles et d’inspection sociale pour éviter fraude et exploitation. Cela passe par le respect des normes salariales ici... Mais cela passe aussi par le soutien à l’organisation des travailleurs au Sud pour qu’ils puissent revendiquer le respect de normes salariales là-bas... mais au-delà des évidences, quid ? Au-delà de la question du différentiel salarial, il y a le problème de fond de l’insuffisance des opportunités d’emplois : dans une série de pays peu industrialisés dont viennent une part des migrants, la possibilité de monnayer sa force de travail contre un salaire est totalement insuffisante... La première quête, la plus essentielle est donc celle de trouver un travail, une source de revenus pour vivre et faire vivre sa famille. La deuxième quête, bien légitime, est de se déplacer pour percevoir un salaire qui, même bradé, va être de 5 à 15 fois plus élevé que celui qui peut être perçu dans le pays d’origine... Le travail en noir des travailleurs sans papiers n’est qu’une toute petite pointe de l’Iceberg du travail en noir... la plus petite partie mais constituée des travailleurs les plus précaires et les moins en situation de négocier leurs conditions de travail.

En bref, ce film est une excellente amorce pour des débats liés à la prochaine campagne du CNCD-11.11.11 qui portera sur le travail décent ! Cette campagne qui se développera sur 2008 et 2009 s’inscrit dans le cadre de la campagne internationale « decent work, decent life » lancée en janvier 2007 à Naïrobi (Kenya).

Au départ de la définition d’un droit au travail décent selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), la campagne belge sur le travail décent, dont le focus est la nécessité d’un revenu décent pour tous, se fixe comme objectif de formuler une réponse à la compétition entre les travailleurs au Nord et au Sud. Cette compétition qui, comme le film l’indique, force à de plus en plus de flexibilisation des travailleurs et des lois sociales dans le monde entier, en terme de conditions de travail, des heures de travail, des salaires, de la protection au licenciement, des statuts… au Nord comme du Sud. Et dans ce cadre la campagne déconstruira certaines idées fausses, dont celles liées à la soi-disant concurrence entre travailleurs du Sud et travailleurs du Nord ou encore au danger que constitueraient les migrants du Sud pour les travailleurs du Nord. Explications : les politiques commerciales et d’investissement, dictées sous la pression des lobbies industriels et des transnationales, font des salaires une charge à minimiser pour augmenter la rentabilité financière : au Nord, au nom de la concurrence, les salaires sont tirés vers le bas ; au Sud, pour attirer les investissements, les droits sociaux et le niveau des salaires légaux sont limités, ne font généralement pas l’objet de contrôles crédibles, voire sont impunément violés. La pression à la baisse sur les salaires est donc généralisée. Par contre, la stratégie des firmes transnationales, qui consiste à fragmenter les chaînes de production en fonction des avantages compétitifs des différents territoires, aboutit à la mise en concurrence des travailleurs et des territoires de même type. Il en résulte de délocalisations Nord-Nord et Sud-Sud, en vue de rechercher le coût le plus bas pour chaque maillon de la chaîne de production, qui alimentent à leur tour le « chantage à l’emploi » et la pression salariale, fiscale et sociale à la baisse. Au contraire, l’amélioration du niveau de vie au Nord dépend de l’augmentation des revenus au Sud. En réponse à la course à la compétitivité mondiale, à la mise en concurrence des travailleurs et au dumping social, il faut opposer le renforcement de la solidarité entre travailleurs du monde entier et la mondialisation des libertés syndicales. En vue de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, il est impératif que le “travail décent” basé sur des revenus décents soit explicitement intégré comme stratégie globale des acteurs à tout niveau. Pour obtenir cette intégration, les Etats doivent prendre leurs responsabilités en termes de coopération et de régulation du marché du travail et des acteurs privés.

Bande annonce (en anglais)

[1Pour les travailleurs issus des nouveau états membres de l’UE

[2Pour les travailleurs issus de pays hors UE

[3Même phénomène de différentiel salarial évidemment entre les travailleurs d’Europe de l’Est et les anciens pays membres de la Communauté européenne.

Lire aussi

La baisse de la part des salaires
Géostratégo

La baisse de la part des salaires

La mondialisation néolibérale s’est accompagnée de la déformation du partage des revenus au détriment des salaires. Cette baisse de la part des salaires a des conséquences économiques et sociales négatives. C’est pourquoi le rééquilibrage du partage des (...)


  • Arnaud Zacharie

    3 mai 2019
  • Lire
Qui ? Alexandre Seron
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30
Email cncd@cncd.be

Inscrivez-vous à notre Newsletter