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Au Brésil, la démocratie et l’Amazonie en danger

27 novembre 2018

L’élection de Jair Bolsonaro a de quoi glacer le sang : raciste, sexiste et homophobe, le nouveau président du Brésil est aussi un climatosceptique acharné qui compte bien accentuer la déforestation de l’Amazonie au profit de l’agro-business, de l’industrie minière et du secteur hydro-énergétique. Il compte réduire au silence les communautés indigènes qui s’opposeraient à ses plans.

« Les minorités doivent s’adapter à la majorité ou simplement disparaître », a-t-il affirmé pendant la campagne, en précisant que « pas un centimètre carré » de terre ne serait réservé aux communautés indigènes. »

La Constitution brésilienne de 1988 reconnait un caractère particulier à deux types de territoires : les terres indigènes et les Quilombos, domaines où vivent des descendants d’esclaves ayant fui les plantations. Depuis trente ans, un vaste programme de démarcation des terres a été mis en place, ce qui a permis de protéger plus de 100 millions d’hectares, principalement en Amazonie. Ces territoires disposent aujourd’hui d’une autonomie relative et sont surtout protégés contre l’exploitation minière et agricole à grande échelle, source de déforestation.

Jair Bolsonaro entend bien mettre un terme à cet héritage et mettre aux enchères les territoires protégés. Les premiers signaux, depuis son élection, sont extrêmement préoccupants : le ministère de l’Environnement est en passe d’être considérablement affaibli. Quant au nouveau ministre des Affaires étrangères, il n’hésite pas à affirmer que le changement climatique est un « complot marxiste ». L’Amazonie, poumon de la planète, est menacée.

 L'Amazonie, poumon de la planète, est menacée.

Face à ces menaces qui pèsent non seulement sur l’environnement, mais surtout sur les droits humains, les ONG brésiliennes se mobilisent, et l’Opération 11.11.11 les soutient. L’Association brésilienne des ONG (ABONG), créée dans la période qui a suivi la démocratisation, joue un rôle essentiel pour permettre à ses membres de travailler ensemble. Ce travail en commun est d’autant plus essentiel que le territoire brésilien est immense : 8 millions de km2, soit la taille de l’Europe.

L’ABONG compte utiliser tous les moyens possibles pour empêcher le nouveau pouvoir de violer la Constitution et les lois du pays : campagnes de sensibilisation, soutien juridique aux communautés affectées, plaidoyer vers le futur parlement, etc...

Mauri Cruz : « La capacité d'agir de la société civile sera remise en question par l'appareil d'Etat, comme du temps de la dictature ».

Mais la société civile elle-même est menacée. Jair Bolsonaro a dit très clairement que rien ne l’arrêterait. Les opposants pourraient finir derrière les barreaux. « Pour l’ABONG, une des grandes préoccupations est la proposition de criminalisation des mouvements sociaux, en particulier le Mouvement des sans terres, cité nommément dans un projet de modification de la loi anti-terroriste. Nous nous inquiétons aussi de la création d’une commission parlementaire d’enquête sur les ONG, qui veut investiguer sur des organisations telles que le WWF, Greenpeace ou l’institut socio-environnemental  », nous a expliqué, dans un mail récent, Mauri Cruz, l’un des responsables de l’ABONG.

Grâce aux dons, le CNCD-11.11.11 soutient financièrement l’ABONG depuis 2016 et le coup d’Etat parlementaire qui a mis un terme à la présidence de Dilma Rousseff. Après un premier financement ponctuel, l’Opération 11.11.11 lui offre désormais un soutien pérenne dans le cadre d’une stratégie pluri-annuelle.

Dans les années 1980, déjà, l’Opération 11.11.11 avait soutenu ses partenaires brésiliens pour accompagner la lutte contre la dictature militaire, puis la démocratisation. Elle avait contribué à former une génération de leaders sociaux et syndicaux, dont l’ancien président Lula.

Comment l’Opération 11.11.11 a aidé à faire tomber la dictature au Brésil

CNCD-11.11.11/Zin Tv
https://www.youtube.com/watch?v=Hiwi9pQAevw

Aujourd’hui à nouveau, face aux menaces contre l’environnement, face à la criminalisation de la société civile, nous restons aux côtés de nos partenaires brésiliens.

Pour reprendre les mots de l’ancien président uruguayen José Mujica, qui commentait l’élection de Jair Bolsonaro, « il n’y a jamais de défaite, ni de triomphe définitif. La vie est un combat permanent, avec des avancées et des retours en arrière ».

Au Brésil, le temps est à la résistance. A planter des graines pour des jours meilleurs. Vous pouvez apporter un précieux soutien. Chaque don compte.

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